LA FRANCE PITTORESQUE
Rien de trop
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Publié le lundi 26 décembre 2011, par Redaction
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Toute bonne chose portée à l’excès devient mauvaise
 

C’est une maxime de Chilon, l’un des sept sages de la Grèce. Un poète français du XVIIIe siècle, nommé Panard, en démontre la vérité dans les vers suivants :

Trop de repos nous engourdit,
Trop de tracas nous étourdit.
Trop de froideur est insolence,
Trop d’activité turbulence.
Trop d’amour trouble la raison,
Trop de remède est un poison,
Trop de finesse est artifice,
Trop de rigueur est cruauté,
Trop d’audace est témérité,
Trop d’économie avarice,
Trop de bien devient un fardeau,
Trop d’honneur est un esclavage,
Trop de plaisir mène au tombeau,
Trop d’esprit nous porte dommage.
Trop de confiance nous perd,
Trop de franchise nous dessert ;
Trop de bonté devient faiblesse
Trop de fierté devient hauteur,
Trop de complaisance bassesse,
Trop de politesse fadeur.

Les Anciens avaient les mêmes idées sur ce sujet ; voici celle de Plaute : Modus omnibus in rebus optimum est habitu, ce qui signifie : Qu’en toutes choses le plus sage est de tenir un juste milieu. Et celle de Juvénal : Imponit finem sapiens et rebus honestis, ce qui veut dire : Dans les choses même les plus honnêtes, il est un terme où le sage doit s’arrêter.

Nos auteurs ont exprimé des idées analogues à celle-ci, voici ce que dit Molière :

La parfaite raison fuit toute extrémité,
Et veut que l’on soit sage avec sobriété.

Et plus loin :

Les hommes la plupart sont étrangement faits ;
Dans la juste nature on ne les voit jamais.
En chaque caractère, ils passent ses limites,
Et la plus noble chose, ils la gâtent souvent,
Pour la vouloir outrer et pousser trop avant.

Terminons par cet apologue de La Fontaine (Livre IX, fable 11) :

De tous les animaux l’homme a le plus de pente
A se porter dans l’excès.
Il faudrait faire le procès
Aux petits comme aux grands. Il n’est âme vivante
Qui ne pèche en ceci. Bien de trop est un point
Dont on parle sans cesse et qu’on n’observe point.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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