LA FRANCE PITTORESQUE
Trop gratter cuit,
trop parler nuit
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Publié le vendredi 24 juillet 2015, par LA RÉDACTION
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On risque moins de se faire du tort en parlant peu qu’en parlant beaucoup, ou Il faut savoir maîtriser sa langue comme on retient de se gratter
 

De même on doit résister au désir de se gratter, quand on a une démangeaison, ainsi faut-il résister autant qu’on le peut à la démangeaison de parler. Celui qui parle peu et avec prudence est moins exposé à faire des erreurs, à connaître des indiscrétions, à dire des sottises, à prononcer des paroles injustes ou blessantes, en un mot, à se faire mal juger. Si l’on a du mérite, la réserve le fait ressortir davantage ; si l’on n’en a pas, l’indiscrétion dans les paroles permettra aux autres de s’en apercevoir.

Un philosophe ancien, appelé Zénon, disait à ses disciples : Souvenez-vous que la nature nous a donné deux oreilles et une seule langue, pour nous apprendre qu’il faut plus écouter que parler :

Os unum natura duas formavit et aures,
Ut plus audiret quem loqueretur homo.

On demandait à un autre philosophe pourquoi, dans une réunion de ses concitoyens où chacun discutait à son tour, il était le seul qui gardât le silence : Je me suis quelquefois repenti, dit-il, d’avoir parlé ; mais de m’être tu, jamais. Voici un proverbe latin qui est parfaitement adapté au sujet traité ici : Non est ejusdem et multa et opportuna dicere, ce qui signifie : On ne peut à la fois parler beaucoup et à propos. Les Grecs modernes disent : Si tu gagnes de l’argent à parler, tu gagnes de l’or à te taire.

Nous pouvons puiser dans notre langue bien des appréciations d’auteurs qui viennent toutes corroborer ce proverbe. Un poète du XIIIe siècle, Jehan de Meung, développe de cette manière un précepte de Caton :

Là peuz en e script trouver tu
Que la primeraine vertu,
C’est de mettre en sa langue frain,
Dompte donc la tienne et refrain
De folies, d’ire et d’oultrages :
Si feras que preux et que sages.

Là, tu peux trouver écrit
Que la vertu souveraine (la plus haute)
C’est de mettre un frein à sa langue.
Dompte donc la tienne et gare-la
De folies, de colères et d’outrages ;
Tu agiras en homme courageux et sage.

Un autre de nos vieux poètes nous a laissé les vers suivants :

La langue aux mortels fait produire
Du bien ou du mal, c’est selon.
Ne la réglons pas, rien n’est pire ;
Gouvernons-la, rien n’est si bon.

Voici un vers que nous trouvons dans les œuvres du grand Corneille (1606-1684) : « Qui parle beaucoup dit beaucoup de sottises. » Citons pour terminer cette phrase prise dans La Bruyère (1646-1696) : « L’on se repent rarement de parler peu, très souvent de trop parler, maxime usée et triviale, que tout le monde sait et que tout le monde ne pratique pas. »

Il y a un proverbe espagnol qui dit : El poco hablar es oro, y el mucho es lodo, ce qui veut dire : Le peu parler est d’or et le trop est boue. Un proverbe italien résume à lui seul tout ce qui a été dit : Chi parla semina, e chi tace racoglie, ce qui signifie : Qui parle sème et qui se tait recueille.

Il y a de nombreux exemples qui démontrent qu’il est souvent dangereux de ne pas résister à la démangeaison de dire un bon mot. En voici un tiré de l’histoire romaine : « L’empereur Domitien se distrayait souvent, dans son cabinet, à percer des mouches avec un poinçon d’or. Une personne qui voulait lui parler ayant demandé à l’un des officiers s’il n’y avait personne avec l’empereur : Il n’y a pas une mouche, répondit l’officier. Cette raillerie fut rapportée à Domitien, qui fit mettre à mort l’auteur de la réponse. »

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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