LA FRANCE PITTORESQUE
Tirer les vers
du nez de quelqu’un
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Publié le vendredi 22 septembre 2017, par LA RÉDACTION
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L’amener par un détour adroit à avouer ce qu’il voudrait tenir caché, en feignant d’être instruit d’une chose qu’il ignore : c’est, en un mot, plaider le faux pour savoir le vrai.
 

Le véritable sens de cette expression, peut-être un peu triviale, mais pleine d’originalité, devrait être tirer le vrai, la vérité du nez de quelqu’un. Si l’on veut bien se reporter au vieux verbe émoucher, on verra que, dans le sens propre, l’expression actuelle en est l’équivalent ; mais, dans le sens figuré, ce même verbe émoucher avait la signification de tirer par adresse.

Ce proverbe a dû s’appliquer aussi aux charlatans qui font croire toutes sortes de choses aux gens simples pour mieux attirer à eux leur argent.

Les Latins se servaient d’une expression presque analogue : Exuere verum cujusdam nasu, ce qui veut dire : Tirer le vrai du nez de quelqu’un. Ils disaient encore : Emungere atiquem pecunia, ce qui signifie : Moucher quelqu’un de son argent, c’est-à-dire soutirer cet argent adroitement.

On pourrait, à ce propos, rappeler ici une expression d’un de leurs poètes comiques, Plaute, qui a écrit : Homo emunctus, pour désigner un individu qui s’était laissé tirer adroitement de l’argent. Un autre poète latin, Horace s’est, à son tour, servi de la même expression et dans le même sens.

Voici l’origine que l’on peut encore donner à ce proverbe. Le mot vert est un terme qui nous est resté de la langue romane ; on l’employait dans le sens de vrai, comme l’attestent les exemples suivants :

Mez veirs est ke li vilain dit,
Aisso saben tug que es vers.

Mais ce que dit le vilain est vrai,
Nous savons tous que ceci est vrai.

On aurait dit primitivement li vers et, dans la suite, on aurait traduit li vers par les vers, en attribuant à l’article un sens pluriel qu’il n’avait pas dans ce cas. Lorsque cette locution passa dans le français, le mot vrai se prononçait donc vers et s’écrivait ainsi, d’où il arriva qu’on traduisit la locution latine par les mots maintenant en usage, voulant dire qu’on cherche à obtenir de quelqu’un la vérité sur un fait, ce qui est l’affaire du juge qui veut connaître les détails d’un délit ou du médecin qui s’informe des accidents douloureux dont se plaint un malade.

A l’expression citée ici se rapporte cette autre qui en est l’équivalent : Faire chanter quelqu’un. On en rapproche encore cette autre locution : Plaider le faux pour savoir le vrai.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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