LA FRANCE PITTORESQUE
Qui se ressemble s’assemble
()
Publié le dimanche 18 décembre 2011, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article

Ce proverbe, quoique un peu vulgaire, est cependant très judicieux et frappe facilement tous les esprits ; il remonte à la plus haute antiquité. On le rencontre dans l’Odyssée d’Homère (Chant. XVII, vers 218), dans plusieurs passages de Platon, d’Aristote, dans le Traité de la Vieillesse de Cicéron et dans la quatrième épître de Pline le jeune. On peut, pour l’explication de ce proverbe, se reporter à cet autre : Dis-moi qui tu hantes je te dirai qui tu es.

Notre poète Gresset a dit : « On vous juge d’abord sur ceux que vous voyez. » Hanter est un vieux mot qui veut dire fréquenter. Ce proverbe est tiré du latin, car la même idée y est exprimée par ces mots : Pares cumparibus congregantur, mots que l’on prend, en général, en mauvaise part et qui signifient : Les pareils se réunissent à leurs pareils. Les honnêtes gens doivent donc rechercher ceux qui leur ressemblent, comme les hommes vicieux font leur société des méchants.

Selon le proverbe grec, les voleurs, comme les loups, se reconnaissent bien vite, ainsi que l’indique ce vers latin :

Furemque fur cognovit et lupum lupus
Similis simili gaudet.

ce qui signifie : Le voleur reconnaît le voleur et le loup reconnaît le loup. Les semblables s’attirent. Tous les jours, la même pensée se réalise ; ainsi, les jeunes gens recherchent les jeunes gens, les vieillards la société des vieillards et les savants celle des savants. Les rapprochements entre personnes semblables sont parfois l’effet du hasard. Les gens mélancoliques fuient la société des personnes gaies, ainsi le démontre ce vers d’Horace : Oderunt hilarem tristes, tristemque jocosi, qui signifie : Les gens tristes haïssent ceux qui sont gais et les gens joyeux haïssent ceux qui sont tristes.

On pourrait rapporter à ce propos quelques anecdotes de circonstance dont fut l’auteur un très riche Anglais : « Un jour qu’il se trouvait aux eaux, il fit la rencontre de plusieurs personnes qui, ainsi que lui, possédaient un menton fort proéminent. Pour sa propre satisfaction, il les invita tous à dîner le même jour. On ne saurait dépeindre la surprise qui s’empara de tous les convives lorsqu’ils se regardèrent les uns les autres de se voir tous réunis ainsi par l’effet du hasard.

« Il y a un proverbe anglais qui dit : Quand on est au réfectoire, chacun rit et branle la mâchoire. C’est ce que firent les convives : Lorsqu’ils se mirent à manger et qu’ils aperçurent que leurs mentons avançaient jusqu’au milieu de la table et marquaient la mesure à chaque mouvement des mâchoires, ils partirent tous d’un fou rire. On demanda au maître de la maison une explication de cette rencontre inattendue. On prit en bonne part la raison qu’il donna et des gens qui ne se connaissaient pas au début du repas sortirent de table bons amis.

« Le même gentilhomme anglais (toujours pour sa satisfaction personnelle) réunit une autre fois un certain nombre de personnes louches et se divertit beaucoup en observant les coups d’œil qu ils se donnaient les uns aux autres et qui avaient une tournure des plus comiques.

« Un autre jour il n’invita que des bègues. Ainsi, tandis que l’un mettait un quart d’heure pour dire que tel plat était excellent, un autre mettait autant de temps à affirmer qu’il était de son avis. Mais, un bègue plus irascible que les autres, se fâcha au point d’envoyer un cartel à son hôte. L’affaire cependant ne tourna pas au tragique ; on trouva moyen de l’arranger, mais ces agapes furent interrompues. »

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE