LA FRANCE PITTORESQUE
Petit bonhomme vit encore
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Publié le samedi 17 décembre 2011, par LA RÉDACTION
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Ces mots s’emploient familièrement pour désigner une personne qui a échappé à la mort
 

Il existait autrefois une superstition qui se manifestait à la naissance des enfants. Elle consistait à allumer plusieurs lampes auxquelles on donnait divers noms d’anges ou de saints, afin de transporter ensuite au nouveau-né comme gage de longévité le nom de celle qui avait été le plus longtemps à s’éteindre. Cette superstition, signalée par saint Chrysostôme (tome X, p. 107), dès le IVe siècle, durait encore au XIVe où elle était mise en pratique aussi pour guérir les malades à l’agonie.

Saint Bernard de Sienne (chapitre 7) dit que, dans ce cas, on allumait douze cierges pour représenter les douze apôtres dans l’idée que l’agonisant serait rappelé à la vie par le simple change- ment de son nom en celui de l’apôtre dont le cierge brûlait le plus longtemps.

Cette superstition, après s’être maintenue pendant plus de mille ans, ne pouvait pas disparaître sans laisser quelque trace. Il nous en est resté cette expression métaphorique devenue la formule d’un jeu que l’on pense dérivé de l’antique usage, mentionné par Platon au livre VI de ses lois, et observé à la fête des lampadromies par les jeunes Athéniens qui couraient dans la lice en se passant de main en main un flambeau, emblème de la propagation de la vie. Ce jeu allégorique, connu presque partout, comme en France, a fourni le sujet d’une chanson douce et mélancolique que l’on chante encore dans les montagnes du Tyrol et dont voici à peu près le sens :

« La vie ressemble à une fleur fugitive. C’est la paille allumée que les enfants de nos hameaux se passent entre eux à la ronde. Elle brille dans la main de l’un, elle s’éteint dans la main de l’autre. Passez, prenez, passez : l’étincelle vit encore, l’étincelle va mourir. »

Voici la dernière strophe : « Ce vieillard a vu bien souvent la flamme passer et repasser entre ses mains ; il voudrait bien la retenir, mais il n’a plus de chance au jeu de la vie. La flamme s’éteint entre ses doigts tremblants et le vieillard s’éteint avec elle. Passez, prenez, passez : l’étincelle vit encore. »

On trouve dans les poésies du Caveau de Châtelain (1837) les vers suivants :

C’en est fait ! Je quitte la chambre.
Cessez de retenir mes pas,
Ministres du dieu d’Epidaure ;
Le jeûne a pour moi peu d’appas :
Petit bonhomme vit encore.

Et ces autres vers d’un quatrain de Bouilly (1839) :

Le vieillard, certes tout honteux
Du feu secret qui le dévore,
Se dit tout bas, baissant les yeux :
Petit bonhomme vit encore.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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