LA FRANCE PITTORESQUE
Les petits présents
entretiennent l’amitié
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Publié le vendredi 29 novembre 2019, par LA RÉDACTION
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On n’aime pas à recevoir sans donner à son tour si peu que ce soit
 

L’amitié a pour principe une bienveillance réciproque fondée sur l’estime et elle s’entretient par des prévenances répétées. C’est là, à vrai dire, le sens exact du proverbe ; car, il n’y a entre amis ni gros ni petits présents, mais seulement échange de bons procédés. Si petits, si simples qu’ils soient, on les reçoit toujours avec plaisir.

Ce proverbe a pris naissance d’un pari. Clément Marot, poète et valet de chambre de François Ier, se fit des amis illustres à la cour, tant par son amabilité et son esprit, que par son talent à faire de très beaux vers sur tous les sujets. Jacques II de Chabannes de La Palice (1470-1525), créé maréchal de France en 1524, avait un gros chien noir, nommé le diable, nom qu’il méritait sous tous les rapports, par les preuves de courage qu’il avait données en maintes et maintes occasions.

Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palice. Timbre émis le 18 mai 2015 dans la série Personnages célèbres. Dessin de Sophie Beaujard
Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palice. Timbre émis le 18 mai 2015
dans la série Personnages célèbres. Dessin de Sophie Beaujard

Un jour, La Palice se trouvant dans une grande assemblée avec Marot, fit tomber la conversation sur son diable et dit qu’il se reposait si aveuglément sur sa fidélité, qu’il dormirait fort tranquillement, toute sa fortune se trouvât-elle même au milieu de sa cour. Marot qui, depuis longtemps, avait une intrigue amoureuse chez Jacques de La Palice et qui, pour en sortir la nuit sain et sauf, avait eu la précaution de lier une intime connaissance avec le diable, paria d’enlever ce qu’il aurait confié à son chien et de le remettre à la société.

La Palice, pour ne pas compromettre l’honneur de son gardien, accepta le défi, alla confier à sa garde une superbe tabatière d’or, qu’il avait eue du roi, et promit à Marot de la lui laisser en toute propriété, s’il était capable de réaliser ce qu’il avait avancé. Marot part, et un instant après, rentre intact, avec le prix de son entreprise. La Palice stupéfait, lui dit : « Je rends les armes, mais au moins dites-moi votre secret ! — Monsieur, reprit Marot, les petits présents entretiennent l’amitié. »

Les petits cadeaux. Chromolithographie publicitaire publiée vers 1885
Les petits cadeaux. Chromolithographie publicitaire publiée vers 1885

Telle est la véritable origine de ce proverbe dont Montesquieu fit, un jour, une application très piquante. Il disputait sur un fait avec un conseiller du parlement de Bordeaux. Celui-ci après plusieurs raisonnements débités avec feu, dit : « Monsieur le Président, si cela n’est pas comme j’ai l’honneur de vous en assurer, je vous donne ma tête. Je l’accepte, répartit froidement Montesquieu ; les petits présents entretiennent l’amitié. »

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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