LA FRANCE PITTORESQUE
Le roi de la fève
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Publié le lundi 5 décembre 2011, par LA RÉDACTION
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On désigne par ce titre le convive auquel échoit une fève renfermée dans un gâteau que l’on partage en famille le jour de l’Epiphanie
 

L’usage de la cérémonie qui a lieu alors est dérivé des repas qu’on faisait chez les Romains et qu’on célébrait aux Calendes de Janvier. Pendant ces fêtes, les écoles étaient fermées, les séances du Sénat étaient suspendues et toutes les affaires publiques ou privées étaient arrêtées. Dans certains endroits on partageait un gâteau. Un entant, placé sous la table, représentait Apollon et on le consultait en criant : Phoebe domine (seigneur Apollon), pour qui ? afin que les portions du gâteau fussent partagées au sort.

Cet usage a été conservé dans plusieurs parties de la France. Dans les familles pieuses on fait une part de plus qu’il n’y a de convives ; ce morceau sans destinataire se nomme la part de Dieu. Le soir, vous entendez les pauvres qui vont de porte en porte, en fredonnant une vieille chanson dont le refrain est : « La part de Dieu, s’il vous plaît ». S’il arrive que la fève soit restée dans la pari à Dieu, l’on retire un billet pour voir à qui écherra le sort de la royauté. Dans le grand monde le roi de la fève s’amuse à nommer à toutes sortes d’emplois imaginaires les personnes de la société.

Le plus divertissant, c’est lorsque la fève échoit à un personnage grave qui est obligé pour la circonstance de se dérider et de se mettre en frais pour divertir ses sujets de quelques heures. Outre cette prérogative attribuée à ce roi éphémère, il y en a une autre qui consiste à provoquer l’absorption de liqueurs placées sur la table, et chaque fois qu’il boit, on l’imite en criant à plusieurs reprises : Le roi boit. L’autorité de ce souverain provisoire cesse, cela va sans dire, quand se termine le festin.

Ces cérémonies ont été décrites par Pasquier (XVIe siècle) dans les Recherches sur l’Histoire de la France (livre IV, chap. IX). Voici le passage en question :

« Cela fait (la division du gâteau en autant de parts qu’il y a de convives, on met un enfant sous la table, lequel le maistre interroge sous ce nom de Phébé, Phoebus ou Apollon), comme si ce fut un qui en l’innocence de son âge, représentait une forme d’oracle d’Apollon. A cet interrogatoire, l’enfant respond d’un mot latin Domine (Seigneur ou maître) : sur cela, le maistre l’adjure de dire à qui il distribuera la portion du gasteau qu’il tient en sa main ; l’enfant nomme la personne ainsi qu’il luy tombe en la pensée, sans acception de la dignité des personnes, jusques à ce que la part est donnée à celui ou est la febve : et par ce moyen il est réputé roy de la compagnie encore qu’il fust le moindre en authorité. Et ce tait, chacun se desborde à boire, manger et danser. »

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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