LA FRANCE PITTORESQUE
Il faut apprendre à obéir
pour savoir commander
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Publié le vendredi 25 novembre 2011, par LA RÉDACTION
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Effectivement, c’est en écoutant les gens plus expérimentés que l’on arrive à connaître les choses et que l’on peut acquérir à son tour une expérience qui permette de diriger les autres avec sûreté. Du temps de la féodalité, les fils des seigneurs étaient initiés dès leur jeunesse à leur future condition en remplissant des rôles de pages auprès de quelque prince.

Louis XIV, dans ses mémoires, écrivait cette sage leçon pour son fils : « Si vous n’écoutez pas les ordres de ceux que j’ai proposés pour votre conduite, comment suivrez-vous les conseils de la raison quand vous serez le maître. » Fénelon dit en propres termes dans son Télémaque : Il faut obéir pour apprendre à commander.

Les Anciens avaient émis aussi certaines idées sur ce sujet. Voici celle du philosophe Sénèque : Nemo regere potest, nisi qui sinit se regi, ce qui signifie : Celui-là seul peut diriger les autres qui sait se diriger lui-même. Le poète P. Syrus émettait ainsi cette pensée : Parere scire par imperio gloria est, qui veut dire : Il n’y a pas moins de gloire à savoir obéir qu’à savoir commander.

L’histoire moderne nous a laissé un exemple de ce que peut accomplir une personne imbue de cette idée : « Le czar, Pierre Ier, pour civiliser la Russie alors plongée dans la barbarie, s’expatria ; il alla passer en Hollande deux années, afin d’y apprendre les arts utiles et surtout celui de construire les vaisseaux, car son pays n’avait pas encore de marine. Pour arriver à son but, il se vêtit en ouvrier et alla s’établir en face la ville d’Amsterdam dans le village de Saardam. Là, après avoir été saisi d’admiration à la vue de cette multitude d’hommes toujours occupés, des travaux exécutés si rapidement avec tant d’ordre pour la construction des vaisseaux, il se mit, la hache et le compas en mains, à suivre les exemples qu’il avait sous les yeux. Il se fit tout d’abord inscrire comme simple ouvrier charpentier sous le nom de Pierre Mikhaïlov.

« Il acheta une barque à laquelle il adapta lui-même un mât ; ensuite, il travailla, toujours sous la direction des chefs d’équipes, à toutes les parties de la construction d’un vaisseau, menant la même vie que les ouvriers, tant pour la nourriture que pour la façon de s’habiller. Il travaillait avec eux dans les forges, dans les ateliers, dans les corderies et enfin dans les moulins où l’on sciait le sapin et le chêne.

« Quel exemple de travail et d’abnégation ne donnait pas le czar Pierre, surnommé, celui-là, à juste titre, Le Grand, pour s’être ainsi débarrassé quelque temps des grandeurs attachées à sa situation élevée, et pour avoir eu la force de caractère de se plie à la position la plus humble. Aussi, les ouvriers, ses compagnons de travail, interdits d’abord d’avoir un souverain au milieu d’eux, ne lui ménagèrent-ils pas leurs marques d’estime et de considération. »

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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