LA FRANCE PITTORESQUE
Faire le diable à quatre
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Publié le jeudi 16 juillet 2015, par LA RÉDACTION
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C’est faire un tapage épouvantable
 

Au XVe et au XVIe siècles, quand notre théâtre prit naissance, il s’établit dans quelques localités des troupes d’acteurs, appelées diableries, qui donnaient parfois des représentations à quatre personnages : on disait qu’elles faisaient le diable à quatre.

Dans les anciennes pièces, appelées mystères, les personnages mystiques étaient aussi figurés par quatre individus habillés en costumes de diables façonnés avec une peau noire. Ces individus faisaient un grand vacarme, tout en poussant des hurlements et exprimaient par des contorsions les souffrances auxquelles ils étaient censés condamnés en enfer.

On distinguait les grandes diableries et les petites. Dans celles-ci, il n’y avait que deux diables, tandis que dans les grandes il y en avait quatre ; naturellement, ils faisaient plus de bruit parce qu’ils étaient plus nombreux. Si l’on mettait en scène plusieurs diables, c’était dans le but d’intimider davantage les pécheurs endurcis en leur donnant une idée des tourments qu’ils avaient h redouter après leur mort et les ramener à la religion. Les gens qui venaient assister à ces représentations, dites pièces de dévotion, en avaient pris le goût et les suivaient avec une grande ponctualité. On lit dans une pièce de Destouches (1732), intitulée l’Irrésolu, ces trois vers :

J’aime à dormir le jour, puis à courir la nuit ;
A jurer, à médire, à ferrailler, à battre.
Mon père, sur cela, me fait le diable à quatre.

Les premières troupes de comédiens amateurs qui ont fondé le théâtre en France étaient des bourgeois de Paris qui se réunissaient pour représenter des Mystères empruntés aux légendes bibliques. Puis on mit en pièces de théâtre toute l’antiquité et toute la mythologie. Ces pièces primitives duraient plusieurs jours ; le plus ancien mystère était celui d’Adam et d’Eve. Les représentations avaient lieu le dimanche dans l’après-midi, et ordinairement dans les cimetières des églises.

A ces acteurs improvisés succédèrent d’autres comédiens qui se formèrent en troupes régulières et achetèrent l’Hôtel de Bourgogne. Un théâtre y fut organisé et, quoique les places fussent d’un prix bien modeste (50 centimes), on y jouait les chefs-d’œuvre dramatiques de Corneille et de Racine, conjointement avec les comédies de Molière. Jusqu’alors, presque toujours, les acteurs avaient joué avec des masques. On retrouve dans Molière (Amphytrion, III, 8) ces deux vers où cette locution est employée :

Oui, l’autre moi, valet de l’autre vous, a fait
Tout de nouveau le diable à quatre.

Voltaire s’en est servi dans une de ses lettres : « Je ferai le diable à quatre pour faire accepter sa pancarte ». Les Italiens disent : Far el diavolo e la versiera qui signifie : faire le diable et la sorcière.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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