LA FRANCE PITTORESQUE
Ecrire comme un ange
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Publié le jeudi 16 janvier 2014, par LA RÉDACTION
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C’est écrire avec une perfection qu’apporterait à une œuvre une créature surhumaine
 

Voilà, certes, une phrase étrange dans le langage de la calligraphie : on la retrouve dans presque tous les idiomes modernes. On a comparé les dames à des anges, et on a pu dire belle comme un ange, chanter comme un ange, danser comme un ange.

Page de la copie du Cynegeticon d'Oppien, par Ange Vergèce
Page de la copie du Cynegeticon d’Oppien, par Ange Vergèce

La locution paraissait toute naturelle ; mais on ne comprend pas aussi bien comment l’art d’écrire en beaux caractères puisse faire partie des perfections célestes. Qui a jamais vu l’écriture d’un ange ?

L’étymologie de cette expression est toute terrestre, et primitivement on disait : « Ecrire comme Ange, » par allusion à Ange Vergèce, un des plus habiles calligraphes connus. La Bibliothèque nationale possède de lui trois manuscrits grecs, qui sont d’une rare perfection. On cite parmi ses œuvres calligraphiques : le catalogue des manuscrits de la bibliothèque de François Ier et la copie du Cynegeticon d’Oppien, que Henri IIlui commanda pour la duchesse de Valentinois. François Ier se fit faire une fontaine grecque, d’après un modèle qu’Ange avait tracé en quelques traits de plume.

Ange Vergèce, né en Crète, au commencement du seizième siècle, était célèbre en Italie, bien avant son voyage en France. « Son écriture grecque était admirable, et, selon Bayle, elle servit d’original à ceux qui gravèrent les caractères de cette langue pour les impressions royales sous François Ier. »

Vergèce resta attaché à la cour des Valois jusque sous Charles IX, ainsi que le témoignent ces vers de Baïf adressés à ce dernier roi, dans l’épître dédicatoire de ses poésies :

Ange Vergèce. Grec à la gentile main,
Pour l’écriture grecque écrivain ordinaire,
De vos granpère et mère et le vostre eut salaire
Pour à l’accent des Grecs ma parole dresser,
Et ma main sur le trac de sa lettre adresser.

Au talent de calligraphe, il unissait la connaissance des lettres anciennes, et on lui doit plusieurs traductions d’auteurs latins. C’est par extension que les locutions « parler, danser comme un ange », furent employées plus tard, et que Mme de Sévigné pouvait écrire à sa fille : « Vous chanteriez ces airs-là comme un ange ».

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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