LA FRANCE PITTORESQUE
Préparation d’un élixir du XVIIIe siècle
pour s’assurer d’être centenaire
(D’après « Bulletin de la Société d’histoire de la pharmacie », paru en 1916)
Publié le vendredi 10 août 2018, par LA RÉDACTION
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En 1916, la Société de l’Histoire de la pharmacie publie un document recueilli par Raymond Houdayer, membre fondateur de cette Société, ancien élève de l’Ecole des Chartes et de la Faculté des Lettres de Paris, archiviste au ministère de l’Agriculture : cette pièce, qu’un gynécologue distingué et de ses amis lui avait communiquée, relate la composition, le procédé de fabrication et les vertus supposées de l’élixir de longue vie qu’un médecin suédois avait confectionné au XVIIIe siècle
 

C’est une feuille double de 31 cm sur 20 sur papier vergé transmise par le docteur Acheray à Houdayer, écrite sur trente-deux lignes d’une grande écriture droite assez lisible, et qui porte au dos la mention pour M. de Richecourt. Le texte qui y est porté, que nous reproduisons ici en respectant l’orthographe originelle, est le suivant :

Elixir de longue vie
Trouvé dans les papiers du docteur Xermet, médecin suédois, mort à l’âge de 104 ans d’une chute de cheval. Ce secret étoit dans sa famille depuis plusieurs siècles ; son ayeuil a vécu 130 ans, sa mère 107 ans, son père 112 ans par l’usage de cet élixir... Il en prenoit 7 à 8 goutes matin et soir dans le double de vin blanc, ou rouge, ou dans du thé, ou du bouillon, mais plutôt du vin rouge.

Composition de l’élixir
Deux onces et deux gros d’aloës succotrin
Deux gros de zédoaire
Deux gros de gentiane
Deux gros du meilleur safran
Deux gros de rhubarbe fine
Deux gros d’agaric blanc
Deux gros de thériaque de Venise

Et si l’on veut qu’il soit plus purgatif, vous y ajoutez :
Deux gros de genièvre
Deux gros de quinquina
Et deux gros de manne
Le tout dans quatre pintes d’eau de vie

Procédé
Mettez en poudre et passez au tamis les six premières drogues, ensuite mettez-les dans une bouteille de gros verre avec la thériaque. Jettez dessus votre eau de vie, bouchez la bouteille d’un parchemin mouillé, et quand il sera sec, piquez-le de plusieurs trous d’épingle, afin que la fermentation ne casse pas la bouteille ; mettez la à l’ombre pendant neuf jours, ayez soin de la bien remuer matin et soir ; le dixième jour, coulez doucement dans une autre bouteille l’infusion tant qu’elle sera claire.

Bouchez bien cette colature avec un liège. Puis mettez sur votre marc une nouvelle pinte d’eau de vie, laissez-la infuser comme la précédente. Remuez tous les jours deux fois votre bouteille, coulez votre liqueur le dixième jour jusqu’à ce qu’elle se vuide, ensuite metez du coton dans l’antonoir et filtrez à plusieurs reprises afin d’avoir votre colature claire, ayant soin de tenir un linge fin sur l’antonoir afin que votre liqueur ne s’évapore pas ; vous metrez les deux infusions ensemble et vous les serrerez bien dans des bouteilles, bien bouchées. On peut s’en servir dès les premiers jours.

Propriété dudit élixir
Il restaure la force, ranime les esprits, otte les tremblements de nerfs, émousse les douleurs atroces des rhumatismes, celles de la goute et l’empêche de remonter : il nettoye l’esthomac de toutes les humeurs grasses et gluantes qui causent les indigestions, les aigreurs et les vapeurs, tue les vers et guérit toutes les coliques d’esthomac et d’entrailles ; au bout de quelques minuttes il rend gay, soulage les hydropiques, guérit les indigestions dans une heure de temps, ote les maux de cœur, ramolit le tympan aux sourds en en distillant dans l’oreille, qu’on bouche ensuitte avec du coton ; purifie la masse du sang, le fait circuler ;

Il est parfait contre poison, il provoque le mois des femmes, restitue les couleurs et l’embonpoint, purge imperceptiblement et sans douleurs, il guérit toutes les fièvres intermittentes à la troisième dose ; c’est le restaurateur de l’humanité, il est préservatif contre les maladies contagieuses, il fait passer la petite vérole sans aucun risque, il n’en arrive aucun accident, quand on aurait poussé la dôze trop forte.

Dôze suivant les accidents
Pour les maux de cœur, une cueilleré à bouche.

Deux pour les indigestions dans quatre de thé.

Deux pures pour yvresse, trois pures dans les accès de goutte, surtout lorsqu’elle veut remonter.

Deux dans quatre d’eau de vie pour les coliques d’entrailles et venteuses.

Une cuillère à caffé pendant huit jours pour les vers.

Une cuillère à caffé pendant un mois dans du vin blanc pour les hydropiques.

Une cuillerée à bouche dans trois de vin rouge à jun pendant trois jours consécutifs pour la suppression des règles ; pour les fièvres intermittentes, une cuillerée avant le frisson ; s’il ne guérit pas à la première ou la seconde, il guérit immanquablement à la troisième.

Pour purger en forme, trois cuillerées pures pour les hommes robustes, et deux pour les femmes, quatre heures après un léger souper : on dort tranquillement la nuit ; il n’opère que le lendemain sans autre précaution de ne rien manger de cru, et de ne pas trop prendre l’air.

L’usage journalier qu’on peut en faire est de neuf à dix gouttes pour les hommes et de sept pour les femmes, une cuillerée tous les huit jours pour animer un vieillard, une cuillerée à caffé pendant neuf jours dans trois de bouillon de mouton à jun pour la petite vérole.

Nota : En mettant une pinte de vin blanc sur votre marc infusé pendant un mois et remuant la bouteille deux fois par jour, il est excellent pour les coliques des chevaux, vaches, ânes, mulets et leur en faisant boire roquille à la fois.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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