LA FRANCE PITTORESQUE
Vigueur en dragées grâce
à la Caféine granulée Houdé
(D’après « Le Petit Journal. Supplément illustré », n° du 16 mai 1897)
Publié le mercredi 22 mai 2013, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article
En 1897, Eugène Foreau se fait, dans Le Petit Journal, l’ardent promoteur de la Caféine granulée Houdé, qu’il décrit comme un produit miraculeux issu du « talent infernal » de la chimie, en mesure de conférer énergie et santé à tout un chacun, qu’il soit amené à fournir un effort sportif ou intellectuel, le patient se sentant grand, immense, décuplé...
 

Si, par la vertu de la baguette magique du grand enchanteur Alcofribas, on venait gratifier l’un d’entre nous de la Force et de la Vigueur nécessaires à accomplir de durs travaux physiques ou intellectuels, ou bien encore de longs voyages, pédestres, à bicyclette ou monté tout uniment sur un prosaïque cheval, ne vous semble-t-il pas comme à moi que l’on crierait au miracle ?

Caféine granulée
Caféine granulée

Songez donc ! Quel trésor merveilleux et inépuisable ! quelle source de réussite puissante seraient mis à la disposition des humains : ne plus manquer le but faute de forces, ne plus sombrer au moment d’aborder au port simplement parce que la respiration vous a manqué, n’est-ce point là un de ces rêves prestigieux dont l’évanouissement vous replonge encore d’une façon plus atroce, plus désespérée dans la dure et froide réalité ?

Eh bien ! Cela est ! Ce souhait semblable à ceux qu’exauçaient autrefois les Fées est devenu une vérité palpable et tangible, car, à ma connaissance, il existe un médicament que la chimie a su cristalliser, condenser sous un petit volume, métamorphoser en un bonbon délicieux, médicament qui communique cette flamme ardente nommée la Force musculaire, ce pouvoir énergique qui s’appelle Vigueur ! Ces fluides imaginaires, impondérables, grâce au talent infernal de cette sorcière, sont devenus vivants, elle les a concentrés sous forme de graines minuscules qu’on avale par petites cuillerées et qui sont contenues dans un récipient haut comme le doigt : elle a mis la Vigueur en dragées !

En me relisant je m’aperçois que j’ai écrit « talent infernal » : je rectifie, c’est bienfaisant, comme vous le verrez, qu’il fallait dire. L’auteur de cette découverte précieuse est M. Houdé, chimiste, dont les travaux remarquables sur les alcaloïdes ont attiré l’attention de l’Académie de médecine de Paris, au point qu’elle lui a décerné le prix Orfila. Déjà membre de l’Académie de médecine de Madrid, M. Houdé avait observé plusieurs fois, au cours de ses travaux de recherches, que la fameuse noix de kola, si vantée de nos jours et mise à la mode avec tant de rapidité qu’on l’absorbe à l’envi en vins, en pilules, en bonbons et en élixirs, n’était à vrai dire qu’une superfétation végétale, un de ces fruits qui ne devraient éclore que sous le beau ciel de Provence, dans les environs de Marseille.

Les fanatiques de la noix de kola prétendaient, en effet, que sa vertu défatigante et anti-déprédatrice provenait d’une matière particulière qu’on appelle le rouge de kola. Se rangeant en cela à l’avis de l’éminent professeur Germain Sée, M. Houdé établit d’abord que l’action du rouge de kola était surtout, suivant l’expression vigoureuse du maître, un moyen de réclame. Battus, mais peu contents, les partisans du fruit intertropical objectèrent, d’après Heckel et ses élèves, que la noix de kola, en outre de son rouge, contenait encore une matière découverte par Knébel, baptisée par lui kolanine, à laquelle étaient dus les effets merveilleux de la kola et, qu’au surplus, la kola étaient Dieu et la kolanine son prophète !

N’allez point croire, mes chers lecteurs, en lisant ce qui précède, à la querelle interminable des gros et des petits boutiens de Gulliver ! M. Houdé a triomphé brusquement en réfutant d’une façon irréfragable les erreurs volontaires qu’on lui opposait. Le principe tonique et vivifiant, l’agent surnaturel qui stimule les muscles et soutient les forces physiques, le puissant dynamique qui est contenu dans la kola et qui fait l’admiration de tout notre corps médical, se trouve aussi dans le thé, dans le paullinin, dans le maté et surtout dans le café : c’est la caféine !

Mon Dieu ! oui. Tout bêtement ! Avouez que ce n’était pas la peine de passer par Saint-Pétersbourg pour aller à Rome, et qu’il n’était pas besoin d’aller chercher la kola ni son rouge sur les côtes du Gabon, quand la caféine était là, sous notre main. Les propriétés de la caféine, découverte en 1820 par Runge, étaient déjà connues ; mais il fallait les mettre en lumière et les imposer à l’attention de tous en imaginant une forme pratique et rigoureusement titrée. A l’usage, dans les hôpitaux, dans les cliniques, partout ! Le corps médical a reconnu l’influence du produit pour combattre les neurasthénies, pour régler les mouvements du cœur, pour tonifier les muscles, soutenir les forces physiques, stimuler le cerveau, et détruire les effets pernicieux du surmenage ou de l’influenza.

Les cyclistes, les alpinistes, les sportifs généralement quelconques, aussi bien que les travailleurs de tous ordres et de toutes catégories, littérateurs, professeurs, ouvriers et employés sédentaires, ont un besoin impérieux de la Caféine granulée Houdé. Elle est pour eux le viatique, le pain quotidien, l’approvisionnement sans lequel on ne s’embarque point. Les asthmatiques instantanément sont soulagés par elle ; suivant l’expression populaire, la Caféine granulée Houdé leur « donne de l’air ».

L’explication de cette sorcellerie est qu’elle a tout simplement réglé l’action mécanique du poumon et en a augmenté la dilatation. Les gens atteints de maladies de cœur, s’ils se mettent à l’employer, verront soudain céder, s’atténuer puis disparaître leurs intolérables souffrances, car la Caféine granulée Houdé sera pour eux un bienfait inestimable, une préparation géniale qu’ils béniront jusqu’à la fin de leurs jours.

Je ne fais point ici de la médecine, mais tout simplement de la vulgarisation scientifique. J’aurais pu, si j’avais voulu, employer de grands mots rébarbatifs, à l’allure barbare et technique, je ne l’ai point fait, j’ai préféré vous parler tout simplement. En résumé, il existe un médicament aux propriétés incomparables, le véritable remède contre la fatigue, et que tous, malades et gens en bonne santé, doivent posséder et peuvent employer sans danger en se conformant aux indications qui l’accompagnent. Que vous soyez anémique, hydropique, asthmatique ou malade de la poitrine ; avez-vous le bonheur, au contraire, de vous bien porter ? Que votre travail soit dur, accablant ou que vos récréations soient la bicyclette, le canotage, la marche, l’ascension ; usez de la Caféine granulée Houdé, vous faucherez votre champ sans fatigue, vous forgerez comme un moderne Cyclope et votre marteau à devant deviendra une plume dans votre main.

Les quatre francs que vous enverrez en un mandat-poste à M. Houdé, 29 rue Albouy, à Paris, pour recevoir franco sa Caféine granulée, vous donneront la joie, la force, l’énergie et la santé ; vous accomplirez par elle des prouesses diaboliques sans crainte aucune, sans arrière-pensée ; vous vous sentirez grand, fort, immense, décuplé : n’aurez-vous pas de la Vigueur en dragées ?

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE