LA FRANCE PITTORESQUE
Henri IV : masque moulé sur le crâne en 1610
(D’après « Henri IV peint par lui-même », paru en 1815)
Publié le samedi 12 mars 2011, par LA RÉDACTION
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La diffusion, le 13 mars 2011 sur France 5, d’un documentaire intitulé Le mystère de la tête d’Henri IV retraçant la façon dont la tête du roi a été retrouvée puis identifiée, offre l’occasion de mettre en lumière le masque de Henri IV, empreinte moulée sur la figure inaltérée du monarque quelques heures après sa mort, en 1610, et conservée à la Bibliothèque Sainte-Geneviève
 

La troisième édition de Henri IV peint par lui-même parue en 1815, est ornée d’un portrait du roi dessiné d’après le masque moulé sur sa figure après son assassinat, et décrit brièvement les conditions ayant présidé à la réalisation de ce masque :

Il existe un grand nombre de portraits de Henri IV : son image s’est reproduite sous le pinceau des plus grands maîtres ; ses traits ont une sorte de célébrité comme ceux de sa vie ; les doubles souvenirs de ses vertus et de son image sont inséparables dans la mémoire. On aime à y retrouver l’empreinte de cette bonté dont nos annales ont recueilli tant d’exemples ! Le plus obscur habitant de nos campagnes le reconnaîtrait, au milieu des galeries royales, où tant de ses rois lui sont inconnus et étrangers.

Le portrait que nous donnons ici offre, pour ainsi dire, plus que la ressemblance de Henri IV, plus qu’un miroir fidèle de ses traits, ce sont ses traits eux-mêmes ; en effet, c’est l’exacte copie du moule original, empreint sur la figure du roi au moment de sa mort. Les peintres et les statuaires ont représenté son image dans l’appareil de la cour et des fêtes. Ce portrait, connu dans les arts sous le nom de masque de Henri IV, fut moulé sur sa figure encore inaltérée, peu de moments après sa mort, en 1610, le jour même où le roi venait d’être frappé, et il est facile de reconnaître, vers un des côtés de la bouche, une légère blessure que venait de lui faire le poignard de son assassin. Nous avons pensé, et sans doute avec raison, que ce portrait, vraiment historique, avait un caractère de naturel, de vérité, de mélancolie, qui devait toucher nos lecteurs, plus qu’aucune autre image de ce grand prince. En retraçant fidèlement son histoire, c’est toujours par lui-même que nous avons voulu qu’il fût peint.

Masque de Henri IV
Masque de Henri IV

Nous devons au talent de M. Lafitte, premier dessinateur du cabinet de Sa Majesté, le dessin de ce masque dont la première empreinte se conserve à Paris, dans le Palais des Beaux-Arts, avec un soin religieux. Des cils et des cheveux de Henri y restent encore attachés. On a écrit dans quelques mémoires, on a surtout répandu dans le cours de la révolution, une erreur traditionnelle que nous combattrons pour l’intérêt d’un fait historique : on a dit qu’il était invraisemblable que ce masque eût échappé aux inquisitions révolutionnaires ; on a soutenu qu’il n’avait été moulé sur la figure de Henri IV, que le 11 octobre de l’année 1793, à l’époque de l’exhumation des rois, à Saint-Denis. On verra, au simple aspect de ce portrait, que bien que la mort y ait déjà imprimé le relâchement des muscles, on n’y trouve point les signes d’un affaissement complet, ou d’un raccourcissement, qui, malgré tout l’art des embaumements et la prodigieuse conservation où fut trouvé le roi, seraient frappants, après cent-quatre-vingt-trois ans d’intervalle.

Le corps exhumé du cercueil avait le crâne scié, pour faciliter l’embaumement. Il fut exposé pendant trois jours, enveloppé de son suaire, dans l’une des chapelles de l’église de Saint-Denis, où beaucoup de témoins ont pu le voir ; tous attestent qu’il n’eût pas été sans danger de copier, alors, des traits qui étaient encore reconnaissables. Cependant un soldat français, présent à l’ouverture du cercueil, se précipita, avec un enthousiasme martial, sur le corps du vainqueur de la Ligue, et, après quelques moments de silence, tira son sabre et lui enleva une longue mèche de sa moustache, en s’écriant : « Moi aussi je suis soldat français ! Je suis sûr, à présent, de battre les ennemis de la France ; et je marche à la victoire. » Ce fait est rapporté dans l’ouvrage de M. A. Lenoir, conservateur du Musée des Monuments français.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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