LA FRANCE PITTORESQUE
Lilas blanc parisien
(Le secret de naissance du)
(D’après « Les industries bizarres » paru en 1900)
Publié le lundi 7 mars 2011, par LA RÉDACTION
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On assure que le hasard seul a présidé à sa naissance, vers 1850. A cette époque, au lieu dit Vaugirard, couvert alors de jardins et de marais, vivait un brave horticulteur peu instruit, mais observateur perspicace. Modifiant un massif de lilas, il abandonna dans leur motte de terre quelques pieds arrachés...
 

Comme le froid menaçait et que le temps lui manquait pour replanter ses arbustes, il les transporta, pour les mettre à l’abri, dans une sorte de souterrain, autrefois entrée d’une des carrières qui abondaient sous cette partie du sol parisien. Les lilas y avaient été complètement oubliés quand, aux premiers jours du printemps, pénétrant par hasard dans l’ancienne carrière, il aperçut ses arbustes couverts de ravissantes inflorescences blanches au lieu des thyrses d’une coloration intense qu’ils avaient donné jusqu’alors.


Le lilas blanc

Ce spectacle plongea notre jardinier dans une profonde méditation d’où sortit le projet de réaliser industriellement ce que le hasard lui avait révélé. De là à l’exécution il n’y eut qu’un pas. L’hiver suivant, le souterrain, bien clos, bien disposé, fut rempli d’arbustes qui donnèrent au cœur de l’hiver des rameaux fleuris dont l’intelligent jardinier tira un prix énorme. Une telle aubaine ne manqua point d’éveiller l’attention des voisins, qui eurent bientôt surpris le secret du procédé. En peu de temps, toutes les anciennes carrières de la région devinrent des fabriques de lilas blanc. Voilà pourquoi, durant de longues années, cette culture fut centralisée à Vaugirard.

Mais Paris étouffait dans sa ceinture trop étroite ; il lui fallait de l’espace. Les constructions envahirent la zone suburbaine ; les terrains de Vaugirard furent des premiers absorbés, les carrières se vidèrent ; la gracieuse industrie dut émigrer et chercher ailleurs des installations favorables. En se déplaçant, les « forceurs » de lilas appelèrent la science à leur aide, la science qui avait péremptoirement démontré les effets de l’absence ou de l’abondance de la lumière sur la végétation.

Ce fut à ce moment que se créèrent les établissements qui s’adonnaient en 1900 à la production industrielle du lilas blanc. Quand nous disons lilas blanc, c’est une façon de parler ; il conviendrait mieux de dire lilas non coloré, car – cela surprendrait plus d’un lecteur – le lilas le plus blanc, celui dont les inflorescences sont les plus délicates, est obtenu par le traitement des variétés précisément les plus vigoureuses et les plus riches en couleur. Ce sont les lilas dits « de Marly » et « de Charles X », dont nous admirons en pleine terre les éclatantes grappes, qui fournissent les éléments de cette gracieuse industrie.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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