LA FRANCE PITTORESQUE
Moutons de Panurge
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Publié le vendredi 17 août 2018, par LA RÉDACTION
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On appelle ainsi les gens qui font ce qu’ils voient faire, qui agissent sans motifs et uniquement par esprit d’imitation.
 

Cette locution devenue proverbiale est une allusion au tour que Panurge joue à Dindenault dans le fameux roman de Rabelais.

Pantagruel, Panurge et Epistemon viennent de rencontrer un bateau marchand. Pendant qu’on échange des nouvelles, Panurge se prend de querelle avec un marchand de moutons nommé Dindenault qui lui trouve une face de « coque ». Panurge riposte à cette injure, le marchand veut dégainer, mais l’humidité a rouillé son épée, il ne peut la tirer du fourreau. Panurge appelle Pantagruel à son secours. Celui-ci « mist la main à sou bragmard fraischement esmoulu, et eust félonuement occis le marchant, » si les passagers ne fussent intervenus. Le débat s’apaise, on boit en signe de réconciliation.

Cependant, Panurge médite une vengeance. Il dit à ses amis de se tenir à l’écart et de le regarder faire ; puis, s’adressant au marchand, il le prie de lui vendre un de ses moutons. Dindenault se moque de lui, et l’accable de quolibets et d’injures. Panurge prend patience, ce qu’il veut, c’est acheter un mouton ; il le payera aussi cher qu’il faudra.

Enfin le marché se conclut : Panurge paye, choisit le plus beau mouton, et l’emporte criant et bêlant, pendant que tous les autres bêlant aussi regardent de quel côté on emmène leur compagnon.

« Soubdain, je ne sçay comment, le cas feut subit, je n’eus loisir le considérer, Panurge, sans aultre chose dire, jecte en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons, crians et bellans en pareille intonation commencearent soy jecter et saulter en mer apres à la file.

« La foulle estoyt à qui premier y saulteroyt apres leur compaignon. Possible n’estoit les en guarder. Comme vous savez estre du mouton le naturel, toujours suyvre le premier, quelque part qu’il aille. Aussi le dict Aristoteles, lib. 9 de Histor. anim., estre le plus sot et inepte animal du monde.

Le marchant, tout effrayé de ce que devant ses yeulz périr voyoit et noyer ses moutons, s’efforceoit les empescher et retenir de tout son povoir, mais c’estoit en vain. Touts à la file saultoient dedans la mer et périssoieut. » (Rabelais. — Pantagruel, livre IV, chapitre VIII).

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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