LA FRANCE PITTORESQUE
Vin à faire danser les chèvres
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Publié le vendredi 26 juin 2015, par LA RÉDACTION
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Mauvais vin
 

Aujourd’hui, quand on veut conserver le vin ou le transporter, on le met dans des tonneaux. Mais pendant longtemps, il n’en fut pas ainsi ; on le mit dans des outres, c’est-à-dire dans des sacs faits de peaux de chèvres.

Voici quelques attestations de cet usage, recueillies dans Legrand d’Aussy (Vie privée des Français) :
1° Originairement les Grecs et les Romains n’eurent, pour conserver et transporter leurs vins, que des vases en terre ou des outres.
2° Les outres étaient très usitées, puisque Charlemagne, dans un de ses Capitulaires, défend à ses économes de s’en servir. Il veut qu’ils emploient de bons barils (bonos barridos) cerclés en fer.

3° Pierre de Blois, déclamant au XIIe siècle contre le luxe des chevaliers, représente ces militaires conduisant, dans les armées, des chevaux chargés d’outres de vin, et de tous les ustensiles qui annoncent la gourmandise et l’ivrognerie.
4° Au repas que Philippe-de-Valois donna aux rois d’Écosse, de Majorque, de Bohême et de Navarre, « il n’y avoit, sur le dressouer royal, dit le Songe du vieux Pèlerin, aultre vaisselle d’or ne d’argent, fors que tant seulement un oultre de cuir, ouquel oultre estoit le vin du Roy et des princes et Roys qui seoyent à table ».
5° Olivier de Serres (XVIe siècle) dit que, dans quelques provinces, on se servait d’outres pour transporter les vins d’une localité dans une autre.

Or, attendu qu’on ne transportait que les bons vins, et que plus il y en avait de cette qualité, plus il fallait sacrifier de chèvres pour se procurer des outres, on aura dit d’un mauvais vin que c’était un vin à faire danser les chèvres (sous-entendu de joie), parce que, se buvant sur place, il épargnait la vie à un certain nombre de ces quadrupèdes.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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