LA FRANCE PITTORESQUE
Bile (La) ferait-elle le moine ?
(D’après « Dictionnaire féodal, ou recherches et anecdotes
sur les dîmes et les droits féodaux, les fiefs
et les bénéfices, etc. » (Tome 1), paru en 1819)
Publié le lundi 24 janvier 2011, par LA RÉDACTION
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En décidant d’employer de l’or inutile aux moines au soulagement des pauvres, le roi Clovis II s’attira les foudres de religieux n’hésitant pas à le qualifier d’ignoble, avant de se raviser moyennant quelque privilège
 

Clovis II (devenu roi des Francs en 657) avait enlevé de l’église de Saint-Denis quelques lames d’or qui couvraient les tombeaux de saint Denis et de ses compagnons, et avait employé cet or inutile au soulagement des pauvres. Mais les moines, qui en ces siècles reculés, montraient une délicatesse extrême sur tout ce qui concernait leurs intérêts, se plaignirent. L’action charitable de Clovis II touchant à leur trésor, ils dirent tout haut qu’il était un prince abandonné à toutes sortes de vices, un débauché, un ivrogne, un brutal, un homme sans cœur, qui n’avait rien fait de bien pendant toute sa vie.

La bile ne fait pas le moine
La bile ne fait pas le moine

Ce fut pour les dédommager que, dans un concile tenu exprès à Clichy, le roi déclara l’abbaye de Saint-Denis exempte de toute juridiction, et obtint des évêques assemblés qu’elle serait indépendante de l’évêque de Paris et de tout autre ; qu’elle ne payerait point de redevances ; que ses hommes de corps seraient exempts de tailles envers le roi, etc., Les mêmes qui avaient fustigé l’action royale, publièrent partout que Clovis était un grand roi, sage, vaillant, brave, équitable, plein de religion, et très agréable à Dieu. (Saint-Foix, Essais historiques, tome I)

Au reste, les moines achetèrent dans la suite ces sortes d’exemptions à la cour de Rome ; et l’on peut voir, dans la lettre de Pierre de Blois au pape Alexandre III, que les communautés religieuses pouvaient alors s’affranchir de la juridiction des évêques, en payant à la cour de Rome quelques onces d’or.

Avant le règne de Louis VII (1137-1180), quand le roi arrivait à Paris, les officiers attachés à sa personne prenaient des matelas et des meubles, dans la première maison qui se présentait devant eux ; et les bourgeois de Paris étaient obligés de fournir les gens du roi des choses dont ils avaient besoin, pendant leur séjour dans la capitale. Louis VII les en exempta, « pour le salut de son âme, et pour le repos des rois ses prédécesseurs ».

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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