LA FRANCE PITTORESQUE
Roi Arthur : sa bruyante chasse
dans la forêt de Fontainebleau ?
(D’après « Dictionnaire infernal », paru en 1844)
Publié le jeudi 18 août 2016, par LA RÉDACTION
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En 1598, tandis qu’il chassait dans la forêt de Fontainebleau, le roi Henri IV entendit soudain les jappements d’une meute et le son du cor à une distance d’une demi-lieue, ceux du démon appelé le Grand Veneur
 

La Grande-Bretagne, la Bretagne, la Normandie, le comté de Foix, la Guyenne, et bien d’autres provinces sont des pays de chasse pour le fameux Arthur (ou Artus), roi des Bretons, si souvent nommé dans les romans de la Table ronde. Le Charroie ou le Carré est le nom que l’on donne en plusieurs lieux de France à la bruyante chasse aérienne du roi Arthur, autrefois réputé grand magicien, d’où est venu, dans le comté de Foix, le mot d’énartâ, enchanter, user de la puissance prestigieuse du roi Arthur. Les Bretons des environs de Huelgoat (Finistère) y montrent les rochers énormes dont se composait un château de cet illustre personnage, ruines grandioses, gardées par des animaux aux cris lugubres, et quelquefois visitées par la cour enchantée de ce bon roi.

On assure « qu’il passe encore souvent en l’air, criant après ses lévriers ; mais ce sont des sornettes, dit un auteur sérieux, et erreurs populaires anciennes, qu’il est impossible d’ôter de leur esprit, pour être enracinées de trop longue main. C’est pourquoi l’auteur du roman de la Rose dit fort bien et avec jugement : Mais garde que ne soit si sotte / Pour riens que clerc ne la lui note ; / Que jà riens d’enchantement croye, / Ne sorcerie , ne charroye, / Ne Helénus ne sa science, / Ne magique ne nécromance. »

Le roi Arthur. Médaillon du XVIe siècle
Le roi Arthur. Médaillon du XVIe siècle

Ce n’est pas seulement en Normandie, nous dit l’auteur du Dictionnaire infernal, qu’apparaissait autrefois le mystérieux chasseur. En l’année 1598, Henri IV chassait dans la forêt de Fontainebleau ; tout à coup il entendit les jappements d’une meute et le son du cor à une distance de demi-lieue. Presque au même instant, le même bruit retentit à quelques pas de lui. Henri ordonna au comte de Soissons d’aller à la découverte ; le comte obéit en tremblant, ne pouvant s’empêcher de reconnaître qu’il se passait en l’air quelque chose de surnaturel. Quand il revient auprès de son maître : « sire, lui dit-il, je n’ai rien pu voir ; mais j’entends comme vous, la voix des chiens et le son du cor. – Ce n’est donc qu’une illusion, dit le roi. » Mais alors une sombre figure se montra à travers les arbres et cria au Béarnais : « Vous voulez me voir, me voici ! »

On a supposé que ce spectre était un assassin déguisé. « Il ne manque pas de gens, dit Matthieu (historien contemporain, connu personnellement de Henri IV), qui auraient volontiers relégué cette aventure avec les fables de Merlin et d’Urgande, si la vérité n’avait été certifiée par tant de témoins oculaires et auriculaires. Les bergers du voisinage prétendent que c’est un démon qu’ils appellent le Grand Veneur, et qui chasse dans cette forêt ; mais on croit aussi que ce pouvait bien être la chasse de saint Hubert, prodige qui a lieu dans d’autres provinces. Démon, esprit, ou tout ce que l’on voudra, il fut réellement aperçu par Henri IV, non loin de la ville de Fontainebleau et dans un carrefour de la forêt qui a conservé la désignation de la Croix du Grand Veneur. »

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