LA FRANCE PITTORESQUE
Petit bonhomme vit-il encore ?
(D’après « Bulletin polymathique du Museum d’instruction publique de
Bordeaux » paru en 1815, et « Curiosités historiques et littéraires » paru en 1897)
Publié le jeudi 13 janvier 2011, par LA RÉDACTION
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Le jeu du « Petit bonhomme vit encore » consiste à faire passer de main en main une paille allumée, ou, à défaut, un morceau de papier. La première personne donne ce flambeau à la seconde, en lui disant ces quelques mots, celle-ci le transmettant à la suivante en lui répétant les mêmes, et ainsi jusqu’à ce qu’il ne reste plus une seule étincelle au flambeau : alors on remarque la personne entre les mains de laquelle il s’est éteint, et cette personne est condamnée à donner un gage ou à toute autre punition.
 

L’origine de ce jeu se rapporte à une fête qui se célébrait à Athènes, appelée les Lampas et qui avait été instituée en actions de grâces pour trois divinités : Minerve, Vulcain et Prométhée. Les Athéniens, par cette institution, remerciaient Minerve qui leur avait donné l’huile ; Vulcain, pour avoir inventé les lampes ; et Prométhée, parce qu’il apporta le feu du ciel. Le matin du jour fixé, les jeunes Athéniens s’assemblaient dans le jardin d’Académus. On prenait comme point de départ la tour qui s’élevait près de l’autel de Prométhée. Comme piste, ils se servaient de la longue voie qui, traversant le Céramique, aboutissait à l’une des portes de la ville. Chaque coureur tirait au sort l’ordre dans lequel il devait lutter ; car la lutte ne consistait point à courir ensemble à qui arriverait le premier. Les concurrents briguaient à ces courses le titre de porte-flambeau, et par conséquent l’honneur de porter les luminaires dans les cérémonies religieuses.


Course au flambeau
(vase grec du Ve siècle av. J.-C.)

Les numéros tirés, les places prises, le magistrat qui présidait à la célébration des jeux allumait un flambeau au feu sacré de l’autel de Prométhée, et le remettait entre les mains du coureur désigné pour partir le premier. Celui-ci s’élançait rapide sur la piste, pour parcourir dans le moins de temps possible, et sans laisser éteindre son flambeau, la distance de la tour à la ville et de la ville à la tour. La flamme s’éteignait-elle pendant le trajet, le juge déclarait le coureur hors concours, rallumait le flambeau et le donnait au deuxième lutteur. Le magistrat proclamait vainqueur celui qui parcourait l’espace désigné dans le moins de temps et sans laisser éteindre sa torche. Si aucun des lutteurs ne réussissait, le titre honorifique de porte-flambeau restait au vainqueur de la solennité précédente.

Cet art de courir vite sans éteindre son flambeau était très difficile, car les torches étaient loin d’être aussi difficiles à éteindre que celles d’aujourd’hui. Les flambeaux des jouteurs étaient un assemblage de bois minces et légers, affectant la forme de nos cierges modernes. De la résine ou de la poix soudait ensemble ces divers morceaux et donnait au flambeau une grande consistance et augmentait son pouvoir éclairant.

Il existe également une origine légendaire de ce jeu du Petit bonhomme vit encore : autrefois, à la naissance des enfants, on allumait plusieurs lampes, auxquelles on imposait des noms, et l’on donnait au nouveau-né le nom de celle des lampes qui s’éteignait la dernière, dans la croyance que c’était un gage de longue existence pour l’enfant.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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