LA FRANCE PITTORESQUE
Journée des Éperons
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Publié le mercredi 14 avril 2010, par LA RÉDACTION
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Au mois d’août 1513, la ville de Térouanne était assiégée par trente mille fantassins presque tous Anglais, et cinq ou six mille cavaliers allemands ou flamands, sous les ordres de Henri VIII et de l’empereur Maximilien. Une armée française s’approcha pour secourir la place ; et comme la garnison manquait de vivres, le commandant de l’armée française, le seigneur de Piennes, dit Martin Du Bellay, conclut d’envoyer Fontrailles, capitaine-genéral des Albanais (Ecossais), avec ses gens, « portant chacun Albanois sur le cou de son cheval un côté de lard et de la poudre à canon ; lesquels devoient donner jusques au bord des fossés de la ville, et jeter ledit lard et poudre en lieu où nos gens, à la garde de leur arquebuzerie et artillerie, le pussent sûrement retirer dedans la ville, et que, ce temps pendant, ledit seigneur de Piennes et de La Palice, avec quatorze cents hommes d’armes, les suivoient jusques sur le haut de Guinegatte pour les soutenir : chose qui fut exécutée par les Albanois bien et dextrement...

« Ayant exécuté ce qu’ils avoient entrepris, le seigneur de Piennes fut d’avis de se retirer. Mais quelques jeunes hommes eurent envie d’aller reconnoître le camp de l’ennemi ; autres, pour la grande chaleur qu’il faisoit (car c’étoit la mi-août), se voulurent refreschir, ôtant leurs habillemens de tête, montant sur leurs haquenées et buvant à la bouteille, n’ayant égard à ce que pouvoit faire l’ennemi, et montrant peu d’obéissance à leur chef. Mais cependant qu’ils s’amusoient à leur plaisir, l’ennemi ne dormit pas, car il fit partir de son camp quatre ou cinq mille chevaux et le nombre de dix à douze mille hommes de pied, tant lansquenets qu’Anglais, et sept ou huit pièces d’artillerie de campagne, lesquelles passant la rivière du Lys, près de Dellette, vinrent attendre nos gens au passage de la rivière qui passe à Huchin, auquel lieu trouvant notre cavalerie en désordre devant qu’ils eussent loisir de monter sur leurs grands chevaux et prendre leurs habillements de tête, furent mis en tel désordre qu’il se trouva peu des nôtres qui eussent le moyen de combattre ; et parce que les éperons servirent plus que l’épée, fut nommée la Journée des éperons ».

Les Français n’eurent pas quarante hommes tués dans cette triste affaire ; mais un grand nombre de seigneurs et de capitaines illustres, entre autres Bayard, tombèrent au pouvoir des ennemis. Térouanne, n’espérant plus être secourue, se rendit le 22 août.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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