LA FRANCE PITTORESQUE
Entrevue du Camp du Drap-d’Or
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Publié le mercredi 14 avril 2010, par LA RÉDACTION
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En 1520, au moment où la lutte entre François Ier et Charles-Quint allait s’engager, lutte qui devait assurer au vainqueur la prépondérance en Europe, les deux rivaux cherchèrent à gagner le roi d’Angleterre, Henri VIII. L’empereur ayant fait dans ce but un voyage auprès de ce prince, François Ier eut à son tour une entrevue avec le monarque anglais, dans un endroit situé à mi-chemin entre Ardres et Guines.

« Le jour de la Feste-Dieu, raconte Martin du Bellay, au lieu ordonné, le Roy et le roy d’Angleterre, montez chacun sur un cheval d’Espagne, s’entre-abordèrent, accompagnez, chacun de sa part, de la plus grande noblesse que l’on eust veue cent ans auparavant ensemble, estant en la fleur de leurs aages, et estimez les deux plus beaux princes du monde, et autant adroits en toutes armes, tant à pied qu’à cheval. Je n’ay que faire de dire la magnificence de leurs accoustremens, puisque leurs serviteurs en avaient si grande superfluité, qu’on nomma la dite assemblée le Camp de Drap-d’Or. Ayans faict leurs accollades à cheval, descendirent en un pavillon ordonné pour cest effect, où, après avoir devisé de leurs affaires particulières, conclurent que, audit lieu se feroient lisses et eschaffaulx, où se feroit un tournoy, estans délibérés de passer leur temps en déduit et choses de plaisir, laissans négocier leurs affaires à ceux de leur conseil. Par douze ou quinze jours coururent les deux princes l’un contre l’autre...


Entrevue du camp du Drap-d’Or. Fragment
des bas-reliefs de l’hôtel de Bourgtheroulde, à Rouen

« Ce faict, le roy d’Angleterre festoya le roy, près Guines, en un logis de bois où y avoit quatre corps de maison qu’il avoit faict charpenter en Angleterre, et amener par mer toute faicte, et estoit couverte de toille peinte en forme de pierre de taille, puis tendue par dedans des plus riches tapisseries qui se peuvent trouver ; et estoit le dessein pris sur la maison des marchands à Calais.

« Le lendemain, le roy devait festoyer le roi d’Angleterre près Ardres, où il avoit faict dresser un pavillon ayant soixante pieds en carré, le dessus de drap d’or frizé, et le dedans de velours bleu de Chypre, et quatre autres pavillons aux coings, de pareille despense ; et estoit le cordage de fil d’or de Chypre et de soye bleue turquine, chose fort riche. Mais le vent et la tourmente vint telle, que tous les cables et cordages rompirent, et furent les dites tentes et pavillons portez par terre ; de sorte que le roi fut contraint de changer d’opinion, et feit faire en grande diligence un lieu pour faire le festin. Je ne m’arrêteray à dire les grands triomphes et festins qui se firent là, ny la grande despense superflue, car il ne se peult estimer ; tellement que plusieurs y portèrent leurs moulins, leurs forets et leurs prez sur leurs espaules. »

Cette entrevue, dont François Ier espérait beaucoup, n’eut aucun résultat. Le prince français s’aliéna Henri VIII, qu’il ne chercha qu’à humilier par sa magnificence et sa générosité, et à surpasser dans les exercices de corps auxquels se livrèrent les deux monarques. « Un jour, dit Fleurange, le roi d’Angleterre prist le roi de Frange par le collet, et lui dict : Mon frère, je veulx luitter (lutter) avec vous, et lui donna une attrape ou deux, et le roi de France, qui est un fort bon luitteur, lui donna un tour et le jetta par terre, et lui donna un merveilleux saulx. »

Aucun traité ne suivit ces fêtes ruineuses : deux ans plus tard Henri VIII se prononça pour Charles-Quint contre François Ier. Des bas-reliefs en marbre de l’hôtel de Bourgtheroulde à Rouen, bas-reliefs exécutés au seizième siècle et d’un fort beau travail, représentent l’entrevue du Camp du Drap-d’Or.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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