LA FRANCE PITTORESQUE
Histoire de France : année 1539
(Règne de François Ier depuis le 1er janvier 1515)
Publié le vendredi 9 avril 2010, par LA RÉDACTION
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Charles-Quint, qui avait demandé à ses États des Pays-Bas un subside extraordinaire, ne put y faire consentir les Flamands ; il y eut à Gand un soulèvement, et les Gantois invoquèrent François Ier, comme leur suzerain, en garantie de leurs privilèges. François ne se contenta pas de leur refuser son intervention amicale, il communiqua à Charles-Quint toute leur secrète correspondance et les noms de ceux qu’il pouvait poursuivre à cette occasion comme criminels de lèse-majesté.

Cette révolte détermina Charles-Quint, alors en Espagne, à accepter la proposition du roi de France de passer par la France, François Ier ayant fait promettre à l’empereur par son chancelier Granvelle l’investiture du Milanais pour celui de ses enfants qu’il voudrait. Rien ne pressait Charles-Quint toutefois, car les Gantois n’avaient préparé aucune résistance, et n’en opposèrent en effet aucune. Aussi l’empereur, tout en acceptant l’offre du roi, ne se hâta point. Il employa trois mois, d’octobre 1539 à la fin de janvier 1540, pour traverser la France.

Chaque ville lui préparait une entrée magnifique et lui donnait des fêtes. François Ier s’avança au-devant de lui jusqu’à Châtellerault, et le conduisit à Paris au milieu d’une succession pompeuse de réjouissances et de fêtes. Partout on le vit à côté de l’empereur prendre le second rang, et lorsque en témoignage d’allégresse les prisons furent ouvertes, la liberté fut rendue aux captifs au nom de sa majesté impériale. Charles-Quint passa huit jours à Paris. C’est alors que, suivant les traditions de l’abbaye de Saint-Denis, les deux monarques visitèrent ensemble l’ancienne basilique où étaient déposés les restes des rois de France. Cette magnificence avait été le but principal de François Ier : il voulait séduire l’empereur par la somptueuse réception qu’il lui avait préparée, par la déférence qu’il lui montra lorsqu’ils furent ensemble à Paris, et il comptait bien en retour obtenir le duché de Milan, comme convenu.

Mais dès qu’il fut en Flandres, et qu’on voulut le sommer de sa parole, Charles-Quint répondit n’avoir rien promis. Le cardinal de Tournon avait conseillé au roi de tirer un écrit de l’empereur à ce sujet, dans le temps de son passage ; mais aurait-il moins manqué à son écrit qu’à sa parole ? Le connétable de Montmorency, au contraire, gagné par la reine Eléonore, sœur de l’empereur, fut d’avis de s’en tenir à la parole de ce prince. François Ier eut tout le temps de s’en repentir, et cela causa la disgrâce du connétable qui, en 1541, se retira à Chantilly.

On retrouva parmi les manuscrits du cardinal de Granvelle une lettre originale datée de l’an 1539, par laquelle François Ier invite Charles-Quint, en termes très affectueux, à passer par la France pour se rendre aux Pays-Bas. Le fou de la cour, nommé Triboulet, avait écrit sur ses tablettes que Charles-Quint était plus fou que lui de s’exposer à passer par la France. Mais, lui dit François Ier, si je le laisse passer sans lui rien faire, que diras-tu ? Cela est bien aisé, reprit Triboulet, j’effacerai son nom, et j’y mettrai le vôtre.

Ordonnance de Villers-Cotterêts au mois d’août, pour la réforme et l’abréviation des procès, pour empêcher les tribunaux ecclésiastiques d’entreprendre sur les justices ordinaires, et pour ordonner que désormais tous les actes publics seraient écrits en français. On avait attendu bien longtemps à faire une si sage ordonnance. Rien ne nous apprend mieux l’abus qui s’était glissé dans les juridictions ecclésiastiques que ce que raconte Loiseau dans son traité des Seigneuries, qu’avant l’ordonnance de 1539 il y avait trente-cinq ou trente-six procureurs dans l’officialité de Sens, et qu’il n’y en avait que cinq ou six au bailliage ; et que depuis cette ordonnance il n’y avait plus que cinq ou six procureurs à l’officialité, et plus de trente au bailliage.

C’est que l’ordonnance rendue à Villers-Cotterêts avait rétabli les choses dans l’ordre en détruisant tous les prétextes par lesquels les ecclésiastiques attiraient les affaires à leurs tribunaux. L’empereur Rodolphe, dès l’an 1281, avait ordonné dans l’assemblée de Nuremberg, qu’on cesserait d’écrire les actes en latin, et qu’ils seraient désormais dressés en langage allemand.

François Ier a reçu de son siècle et de la postérité le surnom glorieux de Restaurateur des lettres. Non content, en effet, d’emprunter à l’Italie l’éclat des arts dont elle était revêtue, ce prince mit tous ses soins à faire fleurir en France l’étude des langues et des littératures de l’antiquité. C’est à cette pensée qu’est dû l’établissement du collège royal.

Le roi de France en avait conçu le projet dès les premières années de son règne. En 1517 il avait ordonné que sur le terrain de l’hôtel de Nesle s’élevât le collège des trois langues, ainsi nommé parce qu’il devait être spécialement consacré à l’enseignement de l’hébreu, du grec et du latin. Une rente annuelle de cinquante mille sous était allouée à cette grande fondation, et l’enceinte ne devait pas renfermer moins de six cents écoliers. C’était à Érasme, le plus renommé des savants de cette époque, que François Ier voulait confier la direction du nouvel établissement.

Autour de lui devaient se ranger Guillaume Budé, Pierre Danès et quelques-uns de ces Grecs fugitifs qui, depuis le milieu du XVe siècle, étaient venus apporter à l’Occident les trésors de la langue d’Homère et de Platon. Mais les grandes distractions de la guerre n’avaient pas permis pas à François de réaliser immédiatement et dans toute son étendue cette noble pensée. Il avait institué d’abord les trois chaires d’hébreu, de grec et de latin ; quelques années après il y avait ajouté l’enseignement des mathématiques, de la philosophie grecque et de la médecine : ce n’est que vers la fin de 1539 qu’il approuve les plans sur lesquels le collège doit être bâti.

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