LA FRANCE PITTORESQUE
Philippe Ier
(né le 23 mai 1052,
mort le 29 juillet 1108)
(Roi des Francs : règne 1060-1108)
Publié le jeudi 4 février 2010, par LA RÉDACTION
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Fils de Henri Ier et d’Anne de Russie, il monta sur le trône le 4 août 1060, n’étant âgé que de huit ans. Son père l’avait fait sacrer le 23 mai de l’année précédente à Reims, et un auteur contemporain a remarqué qu’à cette cérémonie le jeune prince à peine âgé de sept ans fit lui-même lecture du serment et le souscrivit de sa main.

La tutelle de sa personne et la régence du royaume avaient été confiées par le feu roi à Baudouin V, comte de Flandre, à l’exclusion de la reine mère, qui, étant étrangère, ne pouvait avoir aucune autorité, et de Robert, duc de Bourgogne, dont on pouvait craindre l’ambition, puisqu’il était oncle du mineur. Baudouin, qui avait épousé une sœur de Henri, regarda le jeune Philippe comme son propre neveu, s’acquitta avec prudence de l’emploi difficile qui lui était confié, évita toute querelle avec les grands et parvint à réprimer par sa fermeté plusieurs séditions.

Philippe Ier (1060-1108)

Philippe Ier (1060-1108)

Pour comprendre combien cette régence offrait de dangers, il faut se rappeler que, depuis Hugues Capet, Philippe était le premier roi mineur et qu’un long usage n’avait point encore rendu la couronne héréditaire. C’est pendant la régence de Baudouin que Guillaume le Bâtard partit de son duché de Normandie à la tête d’une armée nombreuse dans laquelle beaucoup de seigneurs français prirent rang pour faire la conquête de l’Angleterre. Ainsi les rois de France eurent la douleur de compter parmi leurs vassaux un roi dont la puissance ne pouvait servir qu’à exciter des troubles dans le royaume, et le régent Baudouin, voulant sans doute éloigner un voisin redoutable et ne pouvant croire au succès de son aventureuse expédition, eut le tort de lui donner les moyens de l’exécuter.

C’est encore sous le règne de Philippe Ier qu’éclata l’ardeur des croisades et que se fit la conquête de la terre sainte. Mais ce prince n’eut aucune part à ces brillantes expéditions, et son inaction en cette circonstance lui a été amèrement reprochée par quelques contemporains : ils l’ont accusé d’avoir préféré les excès de la mollesse et de la volupté à la gloire et aux intérêts de la religion.

Mais il est facile de l’excuser par la raison d’Etat, qui lui fit tirer parti, avec tant d’habileté, de l’éloignement de puissants vassaux pour affermir son pouvoir et pour réunir à la couronne de grands domaines, tels que le comté de Bourges, qui lui fut vendu par le comte Herpin afin d’avoir de quoi faire le voyage de la terre sainte.

Philippe Ier ne profita pas avec moins d’adresse de l’esprit inquiet des fils de Guillaume le Conquérant pour diminuer les dangers dont il était entouré, et, sans s’exposer lui-même aux périls de la guerre, il parvint à diviser et à affaiblir ses ennemis mais il exposa le trône et sa personne au mépris par sa légèreté, ses amours et sa faiblesse pour une femme qui ne justifiait par aucune grande qualité l’attachement de son roi.

Aussi est-il permis de croire que les résistances qu’il rencontra s’accrurent par la comparaison que les peuples faisaient de sa conduite avec celle de tant de héros dont la gloire éclatait dans toutes les parties du monde civilisé. Baudouin, régent du royaume, mourut en 1067. Philippe, alors dans sa quinzième année, commença de régner par lui-même : car on ne voit pas qu’il ait été pris aucune précaution contre sa jeunesse, et cette négligence seule suffirait pour montrer combien peu le pouvoir royal intéressait la nation à cette époque.

Les fils de Baudouin se firent la guerre pour sa succession. Robert, le plus jeune, voulait avoir sa part du comté de Flandre : le roi prit les armes en faveur de l’aîné, fut battu près de Mont-Cassel, et, malgré la honte de ce revers, fit la paix avec son ennemi, dont il finit par épouser la belle-fille, nommée Berthe. Philippe fut plus heureux dans la guerre qu’il fit à Guillaume le Conquérant, dont il sut exciter les fils à la révolte, afin de le contraindre à leur donner des apanages ; ce qui avait séparé la Normandie du royaume d’Angleterre : politique fort sage pour un roi de France dont le pouvoir ne s’étendait pas au delà de ses domaines.

Guillaume supportait avec impatience la révolte de ses fils et l’appui qu’ils trouvaient dans Philippe : la guerre éclata entre eux, et le vainqueur des Anglais, qui était venu faire le siège de Dole en 1075, fut obligé d’abandonner cette entreprise et de fuir devant le roi de France, qui le chargea vivement dans sa retraite et lui fit subir une très grande perte.

Douze ans plus tard, une raillerie de Philippe fit reprendre les armes aux deux monarques. Après la mort du roi d’Angleterre, les querelles qui s’élevèrent entre ses fils pour le partage de sa succession rendirent le repos à la France, et c’est alors que Philippe, libre de toute inquiétude, se livrant à son goût pour les voluptés, pensa à répudier la reine Berthe, quoiqu’il en eût un fils connu sous le nom de Louis VI ou Louis le Gros.

Il supposa qu’elle était sa parente, prétexte en usage alors pour obtenir le divorce, et il envoya des ambassadeurs en Sicile demander au comte Roger sa fille Emma en mariage : elle lui fut accordée ; mais pendant qu’elle était en route, la fille de Simon de Montfort, Bertrade, troisième femme de Foulque, comte d’Anjou, connaissant l’attrait que la beauté avait pour le roi, lui fit proposer de se donner à lui, de quitter le comte qui était vieux et de réclamer le divorce, affirmant que son mariage n’était pas légitime, puisque les deux premières femmes de son époux vivaient encore.

Les mœurs de cette époque servent à faire comprendre comment les papes acquirent un si grand ascendant sur les peuples, frappés de la nécessité d’un pouvoir capable de réprimer tant de scandales. Bertrade était d’une beauté éblouissante ; le roi accepta sa proposition, l’enleva et finit par trouver des évêques pour faire la cérémonie de son mariage ; mais le plus grand nombre ayant refusé d’autoriser un pareil désordre, le pape intervint, et Philippe fut excommunié ainsi que Bertrade, dont il ne voulut point se séparer.

Cette malheureuse affaire, commencée en 1092, ne finit que l’année 1105 ; les époux reçurent avec l’absolution la permission de se voir devant des témoins respectables sans qu’on sache positivement si le mariage fut autorisé. L’excommunication du roi avait servi de prétexte à des révoltes qui auraient renversé le trône si Philippe n’eût pris la sage résolution d’associer à la royauté son fils Louis.

Ce jeune prince, aimé pour ses vertus, respecté pour son courage, craint pour l’activité étonnante qu’il déployait contre les rebelles en sauvant le royaume, s’attira la haine de Bertrade, qui le fit empoisonner. Heureusement, il fut secouru à temps ; mais il conserva toute sa vie une pâleur qui marquait combien son tempérament avait été altéré. Loin d’obtenir que son père lui fît justice de ce crime, dont l’auteur était publiquement désigné, il se vit forcé de se prêter à une apparente réconciliation avec Bertrade ; conduite qui fait beaucoup d’honneur à la prudence de Louis, mais qui ne laisse aucun moyen d’excuser la faiblesse de Philippe.

Ce prince mourut à Melun le 29 juillet 1108, dans la 57e année de son âge et la quarante-huitième depuis son avènement au trône. Excepté Clotaire Ier, aucun roi de France n’avait encore eu un règne aussi long, et, depuis Philippe, on ne compte que les règnes de Louis XIV et de Louis XV dont la durée soit plus étendue. Il est triste pour un monarque, pendant la vie duquel se sont passés les événements les plus mémorables de l’histoire, de n’être guère connu que par ses amours, ses faiblesses et ses querelles avec l’Eglise.

Le nom de Philippe Ier se perd entre les noms si fameux de Godefroi de Bouillon, de Tancrède, Baudouin, Roger, Raimond, Guillaume le Conquérant, Grégoire VII, et de ce Pierre l’Ermite, dont l’ascendant sur ses contemporains excite encore aujourd’hui l’admiration même des écrivains qui blâment le plus amèrement les croisades ; car l’ascendant d’un homme prouve son génie : l’usage auquel il l’emploie ne prouve que l’esprit de son siècle.

Philippe Ier était le prince de son temps le mieux fait, de la taille la plus majestueuse et de l’extérieur le plus séduisant. L’histoire lui donne aussi toutes les grâces de l’esprit et du caractère, et l’on ne peut nier qu’il n’ait été un des plus habiles politiques qui ont occupé le trône de France. Sous lui, la ville de Bourges, le comté de Vexin et le Gâtinais furent réunis à la couronne. Il sut profiter de toutes les circonstances pour augmenter sa puissance et ses richesses.

Guibert de Nogent, qui l’accuse d’avoir vendu des bénéfices, l’appelle hominem in rebus Dei venalissimum. On rapporte au règne de ce prince l’établissement de quatre ordres monastiques : celui de Grammont, fondé par saint Etienne en 1078 ; celui des Chartreux, par saint Bruno en 1084 ; celui de Cîteaux, par saint Robert en 1098, et celui de Fontevrault, par Robert d’Arbrissel en 1106. Philippe Ier eut de sa première femme trois fils, dont l’aîné lui succéda sous le nom de Louis VI. Il en eut deux de sa seconde femme.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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