LA FRANCE PITTORESQUE
Dagobert Ier le Grand
(né vers 602, mort le 19 janvier 639)
(Roi d’Austrasie (du vivant de Clotaire II) : règne 623-629.
Roi des Francs : règne 629-639 (sans l’Aquitaine jusqu’en 632))
Publié le lundi 1er février 2010, par LA RÉDACTION
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Roi de France, fils de Clotaire II et d’Haldétrude, Dagobert Ier naquit vers l’an 602, fut fait roi d’Austrasie du vivant de son père, en 623, et disputa contre ce prince pour obtenir quelques provinces qui faisaient partie de ce royaume, et qui ne lui avaient pas d’abord été accordées. Clotaire II ne voulut pour arbitres de ce différend que les seigneurs de sa cour, et se conforma à leur décision ; c’était un moyen assuré d’intéresser les grands à maintenir le jugement qui serait porté, et d’enlever à son fils tout prétexte de révolte.

Les rois alors se soumettaient volontiers à l’arbitrage des principaux personnages de l’Etat, et les appelaient pour garant des traités qu’ils contactaient afin de se les attacher davantage. A la mort de Clotaire II, Dagobert ne négligea rien pour exclure de tout partage son frère Caribert (Caribert II ou Charibert), et fit assassiner Bernulfe, son oncle maternel, qui avait cherché à appuyer les droits de son rival, auquel il fut cependant obligé de céder l’Aquitaine.

Dagobert Ier (629-639)
Dagobert Ier (629-639)

Mais Caribert II étant mort en ne laissant qu’un fils qui lui survécut à peine, Dagobert se trouva maître de toute la France en 632 ; et, comme ses premières démarches avaient montré l’impatience où il était de régner seul, on le rendit responsable d’un événement qui servait aussi bien son ambition. On lui imputa la mort du père et du fils : cette accusation est restée sans preuves.

La facilité avec laquelle les Français consentirent à borner à l’Aquitaine la part du jeune Charibert, ne prouve pas qu’ils eussent senti l’inconvénient de morceler sans cesse l’héritage de Clovis, mais que la puissance des maires du palais, dans chaque royaume, était si grande, qu’il leur devenait avantageux de n’avoir qu’un roi dont l’éloignement favorisait leurs projets. La conduite de Dagobert dans les premières années de son règne lui attira l’amour de ses sujets ; tout le bien qu’il fit fut attribué à ses ministres, Cunibert, évêque de Cologne, et Arnoul, évêque de Metz, quand, après la retraite du dernier, on le vit se livrer à la débauche, changer de femme, sans respect pour la religion, dont il blessait la morale alors même qu’il enrichissait les églises.

Il fit la guerre contre les Eslavons, les Gascons et les peuples de la Bretagne. La première de ces guerres ne fut pas heureuse ; car les Austrasiens, mécontents d’être gouvernés par un roi qui n’habitait pas au milieu d’eux, et qui retenait auprès de sa personne Pépin, leur maire du palais, se vengèrent, en lâchant le pied sur le champ de bataille. Afin de les exciter à mieux servir la cause générale, il leur donna pour roi son fils Sigebert, encore enfant ; ils n’en demandaient pas davantage, le roi mineur avait le titre ; mais tous les grands reprenant leur place au conseil, leurs charges à la cour, les obstacles au rassemblement des hommes armés cessèrent aussitôt, et la guerre reprit avec ardeur.

L’événement justifia encore cette fois les raisons politiques du partage de la France en plusieurs royaumes, car les Esclavons furent battus, et le furent par les Austrasiens. Dagobert ne jouit pas longtemps de la paix générale qu’il avait procurée à la France ; il mourut à Epinay, des suites d’une dysenterie, le 19 janvier 639, et fut enterré à l’abbaye de St-Denis, dont il est considéré comme le fondateur, à cause des grandes libéralités qu’il lui a faites.

Il laissa deux fils, Sigebert, roi d’Austrasie, âgé de neuf ans, et Clovis II, roi de Neustrie, âgé de cinq ans. La France, sous ces deux rois mineurs, va, de nouveau, se trouver gouvernée par des maires du palais ; les événements semblaient s’arranger pour que la puissance de ces chefs de l’armée s’établisse peu à peu dans l’esprit des Français, comme le supplément nécessaire de la puissance royale.

Dagobert mourut regretté, malgré ses débauches et son goût pour le luxe, qui l’engageait à multiplier les impôts. Il porta ce goût si loin, qu’il s’était fait faire un trône d’or massif, dont la matière provenait du commerce extérieur qui prit quelque activité sous son règne. Il eut successivement cinq femmes et un grand nombre de concubines. Parmi les cruautés dont son règne fut souillé, le meurtre des Bulgares est la plus remarquable. Ces peuples, fuyant devant les Huns, furent d’abord accueillis par Dagobert, qui, craignant ensuite qu’ils ne se rendissent maîtres du pays qu’il leur avait cédé, les fit égorger dans une même nuit, au nombre de 10 000 familles.

Il avait montré, dans le commencement de son règne, qu’il cédait à des conseils vertueux ; les passions auxquelles il se livra ensuite n’avaient point triomphé sans combat ; il approchait de l’âge mûr, cherchait et récompensait le mérite ; il avait de l’instruction, un esprit aimable ; il aimait les arts, avait procuré à la France une paix glorieuse, et tout annonce que s’il eût vécu plus longtemps, la fin de son règne eût fait oublier les malheurs des premières années.

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