À Château-Thierry, la maison natale de Jean de La Fontaine renaît en 2026 après trois années de travaux et six millions d’euros investis. Agrandi, accessible et entièrement repensé, le musée expose désormais trois cents pièces inédites, dont l’acte de baptême du fabuliste. Ainsi rénové, l’écrin rend au maître des Fables un hommage à la mesure de son héritage.
C’est un événement devenu rare en ces temps de restrictions budgétaires : un lieu de culture et de mémoire rendu au public, plus vaste, plus lumineux, plus riche de ses collections : le musée Jean de La Fontaine a rouvert ses portes en janvier 2026 après plus de trois ans de travaux.
« C’est un chantier énorme qui vient de s’achever », indiquait alors Marion Lavaux, directrice adjointe du pôle muséal de Château-Thierry. « Il a débuté en juin 2022 et a coûté 6 millions d’euros, dont 1,4 million d’euros pris en charge par la ville, le reste étant assuré par la Région, l’État et le Département. »
Façade du musée Jean de La Fontaine. © Crédit photo : Musée Jean de La Fontaine
Des travaux en trois phases, qui auront permis de gagner en surface. Désormais, le musée Jean de La Fontaine comprend trois niveaux de visite ainsi qu’un atelier pédagogique. « Nous avons reconstruit le bâtiment attenant à l’hôtel particulier pour permettre l’accueil et la mise en accessibilité des personnes à mobilité réduite. Elles pourront emprunter un ascenseur », précise Marion Lavaux.
Quant au bâtiment lui-même, il a été entièrement rénové. Maçonnerie, plomberie, peinture, électricité, menuiserie... Rien n’aura été oublié. Enfin, la partie purement muséographique a été totalement repensée. « Nous disposons désormais d’un mobilier d’exposition tout neuf, des vitrines par exemple. Et un système de socles, qui met en valeur nos collections de manière très élégante. »
Un écrin pour une œuvre unique
Le nouveau parcours de visite permet de découvrir 300 objets inédits, provenant du fonds du musée. Dont l’acte de baptême de Jean de La Fontaine, son illustre propriétaire entre 1658 et 1676, prêté par les Archives départementales de la ville de Laon. « Nous avons profité de ce vaste chantier pour sortir de nos réserves de nouveaux éléments, et faire restaurer des dizaines d’œuvres. Elles sont restituées dans toute leur splendeur et leur richesse », poursuit Marion Lavaux.
Labellisé Musée de France, Maison des Illustres et Maison des Écrivains, la maison natale du fabuliste le plus célèbre du monde est située au pied du vieux château de la ville. Construite à la Renaissance, au XVIe siècle, le père de Jean de La Fontaine l’acquiert en 1617, à l’occasion de son mariage.
« C’est à l’époque l’un des plus beaux hôtels particuliers de la ville et l’un des premiers édifices Renaissance de Château-Thierry. Il est, comme on dit, entre cour et jardin, c’est typique de la période de sa construction », note Marion Lavaux.
Un édifice qui passera entre les mains de plusieurs propriétaires. Lesquels procéderont à des aménagements successifs. En 1870, il est acheté par la Société historique et archéologique de Château-Thierry et enfin, acquis par la ville en 1876. Date à laquelle la maison natale de Jean de La Fontaine devient un musée des beaux-arts. Avant de se spécialiser, au fil du temps, sur la vie et l’œuvre du célèbre fabuliste.
« Dès sa mort, il entre dans la postérité. Il est enseigné à l’école et nombreux sont les artistes qui se sont emparés de son œuvre pour l’illustrer », explique Marion Lavaux. Jean de La Fontaine naît, suppose-t-on, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry, dans l’Aisne. « On n’a pas de certitude absolue sur sa date de naissance. On se base sur son acte de baptême car on baptisait très vite à l’époque, du fait d’une très importante mortalité infantile. »
Cette statue de Jean de la Fontaine trône dans la maison où il est né, transformée en musée.
© Crédit photo : Musée Jean de La Fontaine
Le futur homme de lettres voit le jour dans une famille de notables. Son père est maître des eaux et forêts. Métier qu’il exercera lui-même par la suite. Il épouse Marie Héricart, dont il a un fils, Charles. Mais l’union ne semble guère heureuse et Jean de La Fontaine se désintéresse de sa famille.
Cependant, il restera longtemps attaché à la ville qui l’a vu naître, malgré ses allers et retours entre la ville axonaise et Paris. « De 1621 à 1676, il va vivre 55 longues années dans sa maison natale. Il est, tout comme son père, maître des eaux et forêts. Il gère les litiges liés aux bois, aux rivières, à l’abattage des arbres. Il coordonne cette ressource essentielle. Un travail prenant, qui s’ajoute à ses intenses activités littéraires. » On raconte que cette mission, Jean de La Fontaine l’accomplissait depuis le 1er étage de sa maison natale, entouré par les aides et les greffiers qui le secondent.
L’homme aux 244 fables
Jean de La Fontaine est un monument de la littérature française. Son œuvre n’est plus à présenter. Ses Fables sont célèbres dans le monde entier, connues de tous, enfants et adultes. « On compte 244 fables. Mais il s’est attaqué à de nombreux genres littéraires : des ballades poétiques, de la poésie religieuse, et même un livret d’opéra pour Jean-Baptiste Lully, maître de musique sous Louis XIV. En fait, ces différents genres témoignent de la construction de sa carrière, selon ses mécènes, ses protecteurs », explique Marion Lavaux.
Car toute sa vie, le génial fabuliste va connaître des problèmes d’argent. Des difficultés financières qui le rendent très dépendant des aides que veulent bien lui accorder les puissants de l’époque. Un paradoxe pour ce fin observateur et satiriste du milieu aristocratique et mondain.
« Pour autant, il ne faut pas surestimer la vénalité de Jean de La Fontaine. L’un de ses tout premiers mécènes est Nicolas Fouquet, surintendant des Finances sous Louis XIV. Il fut disgracié et mis en prison par le roi, peut-être jaloux de sa fortune à la suite d’une fête somptueuse donnée par Fouquet au château de Vaux-le-Vicomte », raconte Marion Lavaux.
Une disgrâce royale qui n’empêche pas Jean de La Fontaine d’aller implorer la clémence du roi. C’est l’un des très rares à oser cette démarche. « Malgré le refus du roi, il va persister. Ce qui lui vaudra d’ailleurs d’être exilé à Limoges », ajoute-t-elle. « C’est donc une loyauté qui va lui coûter cher. »
Résultat, Louis XIV n’accordera jamais ses faveurs à Jean de La Fontaine, qui n’accédera qu’à l’âge de 63 ans à l’Académie française, un âge très avancé pour l’époque.
Une salle du musée Jean de La Fontaine. © Crédit photo : Musée Jean de La Fontaine
Il meurt le 13 avril 1695, à Paris, où il sera inhumé, au cimetière des Innocents. Cimetière aujourd’hui disparu, situé dans l’actuel quartier des Halles. « Il aura connu la célébrité de son vivant. C’est l’un des artistes les plus représentés par des peintres qui lui sont contemporains. Dès sa mort, il entre dans la postérité et nombreuses seront par la suite, les personnalités artistiques qui se saisiront de son œuvre pour l’illustrer. »
Plus de trois siècles après sa mort, l’œuvre unique de Jean de La Fontaine n’a pas pris une ride. « Ses fables véhiculent un message universel. Elles sont toujours d’actualité, et cela reste vrai siècle après siècle », conclut Marion Lavaux.
Pour en savoir plus :
Site Internet : https://www.museejeandelafontaine.fr
Page Facebook : https://www.facebook.com/MuseeJLF/
Yolande Malgras
France 3 Hauts-de-France
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