Comment une fusée incendiaire expérimentale, prenant feu en 1632, fit craindre pour la vie du roi Louis XIII
Le jeudi 29 avril 1632, sur les huit heures du soir, Louis XIII, qui venait de chasser à Versailles, rentrait dans son château de Saint-Germain ; on lui présente un ingénieur qui propose un nouveau projectile de son invention. Il s’agissait de fusées dont l’une des extrémités était armée d’un crochet.
Ces fusées se plaçaient dans les mousquets et étaient lancées en même temps que les balles. À l’aide de leur crochet, elles s’attachaient aux lieux sur lesquels on les lançait, et pouvaient ainsi les incendier.
Mousquetaire tirant. Gravure (colorisée ultérieurement) extraite
de Wapenhandelinghe van Roers Musquetten ende Spiessen (Maniement d’armes,
d’arquebuses, mousquets et piques) par Jacques de Gheyn, paru en 1607
Louis XIII était fort curieux de toutes les inventions qui se rapportaient à la guerre. Il en désira voir l’épreuve. On porta, par son ordre, plusieurs douzaines de ces fusées dans son cabinet, qui se remplit aussitôt de courtisans accourus pour examiner cette nouveauté.
Mais tandis qu’en l’absence du roi, ils contemplaient curieusement ces machines incendiaires, le feu prit à l’une d’elles, soit par quelques étincelles tombées des bougies que l’on venait d’allumer, soit par tout autre accident. Pendant plus d’un quart d’heure, le cabinet fut tout en feu.
Bientôt, à cette grande lumière, succédèrent de nombreuses détonations. Tout le château fut en un instant dans une rumeur inexprimable. Chacun se précipitait vers net, car on croyait que le roi y était enfermé, et l’effroi général ne se calma que lorsqu’on sut qu’il n’y était pas encore entré.
Mousquetaire chargeant son mousquet. Gravure (colorisée ultérieurement) extraite
de Wapenhandelinghe van Roers Musquetten ende Spiessen (Maniement d’armes,
d’arquebuses, mousquets et piques) par Jacques de Gheyn, paru en 1607
Cependant les courtisans, renfermés dans le cabinet, étaient dans la plus cruelle anxiété. Les fenêtres étaient trop élevées pour leur offrir une issue, tandis que la fumée, et surtout l’effroi, les empêchaient de fuir par la porte.
Heureusement pour eux, avant cet accident, le roi avait fait ôter des grenades d’une autre composition ; car sans cela, ajoute la Gazette (numéro du 30 avril 1632), « messieurs les courtisans du petit cabinet n’en eussent pas été quittes, comme ils le furent, au nombre de quinze, l’un pour son castor, l’autre pour son rabat, un autre pour son habit, pour une brûlure à la main ou au visage, mais presque tous pour leurs moustaches grillées, à quoi ils seront d’ici à longtemps reconnaissables. »
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