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Odeurs d’autrefois : les recréer
pour une plongée olfactive
dans le passé
(Source : Ouest France)
Publié le samedi 5 décembre 2020, par LA RÉDACTION
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La science peut-elle recréer les odeurs que respiraient nos ancêtres ? Une encyclopédie olfactive de l’Europe du XVIe au XXe siècle va être créée par un groupe d’historiens et de chimistes, dans le cadre du projet Odeuropa.
 

Un groupe d’historiens, d’experts en intelligence artificielle, de chimistes et de parfumeurs a annoncé, mardi, qu’il allait recréer pour des expositions les odeurs qu’on trouvait en Europe du XVIe au XXe siècle, et créer en parallèle une encyclopédie des odeurs.

Cette encyclopédie, une première dans le genre, « permettra aux internautes de découvrir comment les odeurs ont façonné nos communautés et nos traditions », explique un communiqué de l’université Anglia Ruskin (Cambridge), une des six structures européennes impliquées dans le projet Odeuropa.

Le projet doit durer trois ans, à partir du 1er janvier 2021, avec 30 à 40 chercheurs, venus de plusieurs pays, sept partenaires européens, en collaboration avec des chercheurs et des historiens d’art.

Le Marché et la fontaine des Innocents à Paris. Peinture de John James Chalon (1822)
Le Marché et la fontaine des Innocents à Paris. Peinture de John James Chalon (1822)

Le romarin, prisé lors des épidémies de peste
Cela permettra ainsi de replacer dans leur contexte historique des odeurs qui existent encore, comme celle du romarin, par exemple. Une senteur très prisée aux XVIe et XVIIe siècle, car on lui attribuait le pouvoir d’éloigner la peste.

Les chimistes et parfumeurs du projet seront aussi chargés de recréer, grâce à des indications trouvées par une intelligence artificielle dans des textes historiques ou peintures, des odeurs clés de certaines époques — comme le tabac ou de grands parfums historiques — mais aussi de certains espaces, comme la puanteur des villes provoquée par la révolution industrielle.

« Un de nos chercheurs travaille sur des peintures et va essayer de recréer l’odeur de [la bataille de] Waterloo ! », s’est enthousiasmé le professeur William Tullett, historien à l’université Anglia Ruskin.

Les échantillons des odeurs recréées voyageront à partir de l’année prochaine dans différents musées européens, plongeant les visiteurs olfactivement dans le passé.

« Comment c’était, comment ça sentait dans le passé ? »
L’historien spécialiste des odeurs explique que parmi les événements à venir, il y aura des collaborations avec des sites qui font des reconstitutions historiques, ou bien des musées où le public devra associer les odeurs avec le bon tableau.

« Ce qui intéresse les gens, c’est de savoir comment c’était de vivre dans le passé, comment ça sentait », explique le chercheur, qui veut « donner aux gens une expérience plus intime du passé » mais aussi « les encourager à penser aux odeurs autour d’eux aujourd’hui ». Il estime que l’anosmie (perte d’odorat) causée par le Covid-19 a remis ce sens en exergue.

Le projet Odeuropa, dont le coût s’élève à 2,8 millions d’euros, permettra ainsi d’interroger le statut des odeurs : « Est-ce que les odeurs doivent être considérées comme appartenant à notre patrimoine culturel ? demande le docteur Tullett. Et si oui, est-ce que nous devons les préserver pour le futur ? »

Il sera aussi chargé de développer « un « nez d’ordinateur » capable de retracer des odeurs et des expériences olfactives présentes dans des textes numérisés » en plusieurs langues, ajoute son collègue le professeur Peter Bell, de l’université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nuremberg (Allemagne).

Ouest France
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