LA FRANCE PITTORESQUE
Cathédrale de Metz :
histoires et légendes
(Source : France Bleu Lorraine Nord)
Publié le samedi 7 septembre 2019, par LA RÉDACTION
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Célébrant cette année ses 800 ans, la cathédrale Saint-Étienne de Metz recèle un grand nombre de légendes et d’histoires qui ont traversé les siècles et font encore le bonheur et la curiosité des visiteurs.
 

Quelle cathédrale de France abrite un dragon, a été édifiée avec l’aide du diable et dont l’une des cloches rappelle chaque soir le souvenir d’une jeune demoiselle éplorée ? Ce sont ces légendes d’hommes, de saints, ou de créatures fantastiques qui rendent encore aujourd’hui si mystérieuse la cathédrale Saint-Étienne.

Site le plus visité de Metz avec sa pierre jaune de Jaumont, la « lanterne de Dieu », telle qu’on la surnomme grâce à ses innombrables vitraux, célèbre en grandes pompes en 2019 et 2020 le 800e anniversaire de sa construction. Partons à cette occasion à la découverte de ces histoires pour certaines millénaires, et parfois surprenantes, avec les guides de l’Oeuvre de la cathédrale de Metz et le chanoine Francis de Backer.

Cathédrale Saint-Étienne de Metz. Façade est où l'on peut voir la tour de Mutte, abritant trois cloches dont l'énigmatique cloche de Mademoiselle de Turmel. Illustration extraite de Le Moyen Âge monumental et archéologique par Daniel Ramée et Nicolas Chapuy (1843)
Cathédrale Saint-Étienne de Metz. Façade est où l’on peut voir la tour de Mutte, abritant
trois cloches dont l’énigmatique cloche de Mademoiselle de Turmel. Illustration extraite
de Le Moyen Âge monumental et archéologique par Daniel Ramée et Nicolas Chapuy (1843)

Le berceau du chant grégorien
Connaissez-vous Saint Chrodegang ? À vrai dire, peu de gens connaissent son existence, et cela chagrine un peu le père Francis de Backer, le chanoine de la Cathédrale de Metz. « À l’époque du royaume d’Austrasie, il était une sorte de premier ministre de Charles Martel » explique Francis de Backer. C’est à son initiative que le pape Etienne II fut invité à Metz dans les années 700 avec toute sa cour et ses chantres qui pratiquaient le chant romain. Les Francs en firent une adaptation qui devint le chant messin, ancêtre du chant grégorien ! « Quand on parle de chant grégorien, on oublie de dire que c’est d’abord le chant messin, et que c’est Saint Chrodegang qui l’a promu. »

Le saint est aussi réputé pour avoir ramené les reliques de saint Nabord à Saint-Avold, et de saint Gorgon à Gorze. Il est aussi celui qui a organisé l’ordre des chanoines régulier. Un morceau de son crâne est visible dans un reliquaire, déposé au trésor de la cathédrale.

La demoiselle et la cloche
21h54. Une petite cloche blafarde déchire le silence de place d’Armes à Metz. Elle tinte tout en haut de la Tour de Mutte depuis le XIXe siècle. C’est la cloche dite « de Mademoiselle de Turmel ». C’est l’une des légendes messines racontée par Philippe Jehan, l’un des guides à l’Œuvre de la cathédrale de Metz.

Deux légendes s’affrontent. La première raconte que Mademoiselle de Turmel, attendant son fiancé chez elle, entendit un cri dans la nuit. Son fiancé a été agressé par quatre brigands qui ont jeté son corps dans la Seille. « La jeune fille inconsolable décida d’offrir une cloche à la ville, à la fois en souvenir de son fiancé disparu, mais aussi pour rappeler à la population que la ville reste dangereuse après 22h. » Mais pourquoi sonne-t-elle alors à 21h54 ? « C’est le temps qu’on estimait à l’époque pour que les bons bourgeois pour rentrer chez eux » s’amuse Philippe Jehan.

L’autre légende raconte qu’une bourgeoise avait accusé à tort et fait pendre sa servante après avoir constaté la disparition de ses bijoux. Mais quelques temps après, Mademoiselle de Turmel avait surpris une pie voleuse, des bijoux entre le bec. Elle aurait alors offert la cloche en signe de pardon pour la servante tuée injustement. « C’est le pardon éternel et permanent » commente Philippe Jehan qui note que le maintien dans la tradition de ce tintement de cloche en soirée est rare pour une ville de la taille de Metz.

Cherchez le dragon
Il est partout à la cathédrale de Metz. « Le Graoully c’est la légende fondatrice de l’église de Metz » présente Anthony Caprio, guide à l’Œuvre de la cathédrale de Metz. Ce dragon, selon la légende, était caché dans les ruines de l’amphithéâtre et terrorisait les habitants de la ville. Jusqu’à la venue de saint Clément, envoyé par saint Pierre pour évangéliser celle qui se nommait au début de notre ère Divodurum Mediomatricorum.

La suite ? Deux versions s’affrontent. Une première prétend que saint Clément, après avoir noué son étole de soie autour du monstre, l’aurait conduit dans la Seille pour le noyer. Une autre affirme qu’il l’a simplement mis en fuite. C’est cette dernière qui a la préférence d’Anthony Caprio : il y voit « une symbolique de la religion chrétienne : on peut éloigner le mal, mais pas le faire disparaître à tout jamais. »

Les représentations du Graoully et de saint Clément sont nombreuses, sur et dans la cathédrale : statues, vitraux, et bien sûr la maquette suspendue dans la crypte. C’est la plus vieille représentation du monstre, la tête datant du XVe siècle.

Pierre Perrat, architecte diabolique
La cathédrale de Metz est bien trop prodigieuse pour n’être l’œuvre que d’un seul homme. Il fallait bien l’intervention du diable pour cela... C’est la légende qui entoure Pierre Perrat, « principal architecte de la cathédrale dont le nom a traversé les siècles » commente Christian Conte, guide à l’Œuvre de la cathédrale de Metz.

Justement parce que l’histoire raconte que, incapable de dessiner un plan ingénieux de la voûte, le diable lui serait apparu et lui aurait offert son aide en échange de son âme et de son corps « une fois en terre ». Mais pris de remords, il aurait confié son pacte aux chanoines de la cathédrale. Ceux-ci eurent l’idée de ne pas enterrer Pierre Perrat à sa mort, mais de l’emmurer dans la cathédrale. C’est ainsi que le diable, venant récupérer son dû, fut éconduit par les religieux.

Le Graoully vaincu par Saint Clément sculpté à l'extérieur de la cathédrale de Metz
Le Graoully vaincu par Saint Clément sculpté à l’extérieur de la cathédrale de Metz

« Les visiteurs sont souvent surpris par un courant d’air qui tourne autour de ce grand bâtiment. On dit que c’est le diable qui continue de tourner autour de la cathédrale en espérant récupérer quelque chose de Pierre Perrat. » Aujourd’hui, un épitaphe situé à gauche en haut de la nef rappelle la mémoire de l’architecte. Mais ce n’est pas là qu’il a été emmuré, assure notre guide. Où est-il alors ? « Dans la cathédrale, c’est avéré. Mais le reste est un mystère. »

L’évêque, l’anneau et le poisson
« L’anneau de Saint Arnould est la pièce la plus ancienne et la plus précieuse des reliques conservées à la cathédrale » se félicite le chanoine Francis de Backer. Notable influent, puis évêque de Metz, il termina sa vie comme ermite vers 641 près de Remiremont. La légende raconte qu’un jour, le saint lança son anneau épiscopal dans la Moselle. « C’était une forme de provocation, une façon de dire : Seigneur, je suis pêcheur, et si tu veux me pardonner, donne moi un signe. » Et le signe vint quand l’anneau fut retrouvé dans les entrailles d’un poisson servi à la table de l’évêque.

« L’anneau est or massif, orné d’une pierre blanche sur laquelle ont devine trois poissons. Deux qui nagent, et le troisième au centre, pris dans une nasse. » Et pour donner davantage de crédit à cette pêche miraculeuse, la tradition veut que cette histoire ait été transmise par un certain... Charlemagne. On peut donc le croire sur parole !

Clément Lhuillier
France Bleu Lorraine Nord

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