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L’Imagerie d’Épinal dans la tourmente
(Source : Le Télégramme)
Publié le mardi 13 août 2019, par LA RÉDACTION
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L’Imagerie d’Épinal (Vosges), riche d’un fonds de pierres lithographiques et de bois gravés, un savoir-faire qui a assuré sa notoriété dans le monde entier, est dans la tourmente : ses comptes sont vides et sa propriétaire est accusée d’abus de biens sociaux.
 

La célèbre Imagerie d’Épinal connaît des turbulences. Une enquête a été ouverte récemment par le parquet d’Épinal, après la plainte d’un actionnaire pour abus de biens sociaux, et confiée au service régional de police judiciaire de Nancy (Meurthe-et-Moselle). « On suit avec beaucoup de vigilance la situation financière de cette société importante dans le paysage spinalien », précise le procureur, Nicolas Heitz.

En 2016, quand les nouveaux propriétaires de la petite entreprise de production artisanale fondée en 1796, Christine Lorimy et Pacôme Vexlard, ont ouvert le capital à des actionnaires privés, Hervé de Buyer, qui a fait fortune dans les casseroles haut de gamme, a injecté quelque 900 000 euros. Trois autres investisseurs ont participé à la levée de fonds qui a rassemblé 1,2 million d’euros.

L'Imagerie d'Épinal : le bâtiment Image dite Nouvelle. Dessin d´Antonio Gacia
L’Imagerie d’Épinal : le bâtiment Image dite Nouvelle. Dessin d´Antonio Gacia

Les soupçons de l’« industriel de renom », selon son avocat, Gérard Welzer, ont débuté « quand on lui a refusé l’accès aux comptes » en 2017, puis en 2018, explique-t-il. « Quand on a fini par les lui présenter, il s’est aperçu qu’il y avait deux fois 600 000 euros de déficit et que 250 000 euros étaient sortis de l’entreprise sans qu’on sache où ils sont », ajoute Me Welzer.

Hervé de Buyer, âgé de 87 ans, « voulait sauver l’Imagerie » en abondant au capital et « il a les plus grandes craintes sur l’utilisation de l’argent et l’avenir de l’Imagerie », relate l’avocat. Début juillet, l’actionnaire a sollicité du tribunal de commerce d’Épinal qu’un mandataire judiciaire soit nommé. L’audience a été renvoyée au 12 septembre. « On n’a pas volé son argent, on l’a dépensé pour investir », se défend Christine Lorimy. « Je suis à la disposition de la justice et je suis ravie qu’il y ait une enquête, qui démontrera qu’il n’y a pas d’abus de biens sociaux », affirme la directrice, assurant que « trois commissaires aux comptes, un expert-comptable et un avocat » veillaient à la bonne gestion de l’entreprise.

Sauvée de la faillite en 1984
La société « vivotait » quand la quinquagénaire, qui a fait carrière dans le marketing et la vente, l’a acquise en août 2014 avec Pacôme Vexlard, pour 850 000 euros, avec le soutien de la société d’économie mixte de l’agglomération Épinal-Golbey, qui s’est, depuis, retirée.

Le tandem l’avait rachetée à une cinquantaine d’entrepreneurs vosgiens qui l’avaient sauvée de la faillite en 1984, en créant de nouvelles images, quitte à sacrifier la technique artisanale. « Je n’ai pas acheté l’Imagerie pour faire une culbute financière. Ce qui m’a plu, c’est le challenge : la sortir de l’ornière », ajoute Christine Lorimy.

Fabrication de papier peint et de tissu d’ameublement
Les nouveaux propriétaires ont tâtonné avant d’opter pour la fabrication de papier peint et de tissu d’ameublement pour l’hôtellerie en puisant dans la richesse patrimoniale des lieux : une collection de 1 344 bois gravés classée au titre d’objets des monuments historiques, un important fonds iconographique de plusieurs centaines de milliers d’images et plus de 6 000 pierres lithographiques des XIXe et XXe siècles.

Cendrillon... seule, elle peut mettre la pantoufle perdue. Image d'Épinal
Cendrillon... seule, elle peut mettre la pantoufle perdue. Image d’Épinal

Les motifs des pierres lithographiques sont digitalisés, puis mixés pour créer des décors originaux et des panneaux panoramiques. Un showroom a été ouvert à Paris, au printemps 2018, avec des artisans vosgiens. Avec ce virage stratégique, « on a élaboré un nouveau modèle économique » et les ennuis ont commencé avec les actionnaires, selon Christine Lorimy, qui s’est séparée de son associé en décembre 2018. « La trésorerie est bonne, on paie nos fournisseurs, on est dans les règles. On n’est pas en dépôt de bilan », veut rassurer la patronne de l’entreprise, qui demande du temps pour que l’Imagerie trouve sa place dans un secteur où « elle n’est pas attendue ».

Un écomusée
L’écomusée, attaché aux ateliers, a été rénové, sécurisé et repensé : les visiteurs y découvrent, grâce à des tablettes de réalité augmentée, les techniques qui ont fait, au XIXe siècle, l’âge d’or de l’Imagerie, labellisée, depuis, entreprise du patrimoine vivant.

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