LA FRANCE PITTORESQUE
Marcellin Desboutin :
à la pointe du portrait
(Source : Musée Anne de Beaujeu)
Publié le samedi 24 août 2019, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article
Cette rétrospective se propose de mieux cerner le parcours atypique d’un artiste bourbonnais, vivant en grand seigneur à Florence puis, ruiné, contraint de travailler à 50 ans passés. Étroitement mêlé au jeune courant impressionniste, il reste néanmoins à l’écart de ses recherches et conserve un style qui lui est propre dans une technique de gravure, la pointe sèche, dont il devient le maître incontesté.
 

Aujourd’hui, Marcellin Desboutin est avant tout connu par les portraits que firent de lui Edgar Degas et Édouard Manet. Homme de grande culture, admirateur de Rembrandt, ouvert aux courants artistiques modernes, peintre-poète autant que peintre-graveur, il apparaît comme un artiste de contrastes, insaisissable et singulier.

L’artiste
Issu d’une famille de la bourgeoisie bourbonnaise, Marcellin Desboutin (1823-1902) fait des études de droit avant de recevoir l’enseignement d’Antoine Étex et de Thomas Couture qu’il délaisse au profit de l’étude solitaire des œuvres de Rembrandt, Frans Hals, Pierre Paul Rubens...

Il s’installe en 1854 à Florence, dans une magnifique villa dite de l’Ombrellino. Il y vit en seigneur, collectionne et fait le commerce d’œuvres d’art, reçoit avec faste célébrités et artistes. Il dessine, peint, copie, grave, écrit des poèmes, des pièces de théâtre... La légende rapporte qu’un de ses passe-temps favoris était de faire le portrait à la pointe sèche de son hôte qui repartait ravi de ce magnifique souvenir !

Marcellin Desboutin. Autoportrait (1896)
Marcellin Desboutin. Autoportrait (1896).
© Crédit photo : Musée Anne-de-Beaujeu Beaujeu / Jérôme Mondière

Mais en 1871, Desboutin, ruiné malgré la vente de son palais florentin, est dans l’obligation de quitter le soleil de l’Italie et cette vie insouciante et généreuse. Il s’installe avec sa jeune épouse et ses enfants dans une cour des Batignolles puis sous un toit de Montmartre. Il accepte cette situation et, à cinquante ans, se met à l’ouvrage avec acharnement.

Sa forte personnalité et la qualité de ses gravures ne tardent pas à le faire remarquer de ses pairs. Il appartient au cercle des artistes impressionnistes. Il est l’ami d’Émile Zola, Camille Pissarro, Stéphane Mallarmé, Pierre Puvis de Chavannes, Henri Fantin-Latour... Quelques années après son arrivée à Paris, à force de travail, Desboutin réussit à se faire un nom notamment grâce à son talent de graveur. Ses plus illustres contemporains des arts et des lettres, des amis la plupart du temps, passent par sa pointe : Gustave Courbet, Alexandre Dumas, Eugène Labiche, Berthe Morisot, Auguste Renoir, Paul Verlaine... Il exécute également des portraits de commande comme celui du Pape Pie IX et quantité d’études peintes de membres de son entourage, avec un intérêt plein d’affection pour ses propres enfants.

S’il participe en 1876 à la deuxième exposition du groupe impressionniste, il reste cependant à l’écart de leurs recherches, et en 1880, abandonne le succès parisien pour s’installer à Nice où il entreprend de reproduire à la pointe sèche les « Fragonard de Grasse », cinq planches dont chacune lui demande une année de travail. Cet ultime projet est largement salué par ses contemporains. Reconnu, admiré, il travaille sans relâche jusqu’à sa mort en 1902. Il laisse 1 500 à 2 000 peintures et d’innombrables dessins et gravures...

Une collection de référence et des prêts exceptionnels
Natif de Cérilly dans l’Allier, l’artiste a de son vivant offert un autoportrait au musée. Les conservateurs successifs ont tenu à enrichir ce fonds qui atteint aujourd’hui 103 œuvres (peintures, estampes, dessins et photographies). Le temps de l’exposition, cet ensemble est enrichi d’une centaine d’œuvres prêtées par de grands musées et des collectionneurs privés. L’exposition présente également des portraits de Desboutin réalisés par ses amis comme ceux d’Edgar Degas ou de Gaston La Touche.

Femme à l'éventail. Peinture de Marcellin Desboutin (1892)
Femme à l’éventail. Peinture de Marcellin Desboutin (1892).
© Crédit photo : Musée Anne-de-Beaujeu / Jérôme Mondière

En 1889, Émile Zola dira de l’artiste : « J’ai connu Marcellin Desboutin chez Manet, il y a longtemps déjà, une quinzaine d’années. C’était une inoubliable figure, l’évocation d’une de ces puissantes et intelligentes têtes de la Renaissance, où il y avait de l’artiste et du capitaine d’aventure. Et l’âge a eu beau venir, l’homme n’a pas vieilli. Il a gardé à soixante-sept ans, ce masque tourmenté d’éternelle vigueur.
Mais ce qui me toucha d’avantage, ce fut que chez Desboutin, sous cette allure d’ancien chef de bande, il y avait un travailleur acharné, un artisan convaincu et d’une absolue bonne foi. »

Dans la lignée des précédentes manifestations du musée, cette exposition comporte un parcours enfant (dessin animé, écran tactile, manipulations...). Un ouvrage (en coédition avec les éditions Faton) et un programme culturel varié (visites commentées, cycle de conférences, ciné-conférence, visites musicales et concerts, ateliers de gravure...) permettent aux curieux et aux amateurs de prolonger leur rencontre avec Marcellin Desboutin.

Renseignements pratiques
Exposition Marcellin Desboutin. À la pointe du portrait
Musée Anne-de-Beaujeu — Place du Colonel Laussedat — 03000 MOULINS
Jusqu’au 15 septembre 2019
Tél. : 04 70 20 48 47
Site internet : https://musees.allier.fr/410-presentation.htm
Page Facebook : https://www.facebook.com/mab.allier/

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE