LA FRANCE PITTORESQUE
Berthe Morisot au musée d’Orsay :
rétrospective d’une grande artiste
(Source : France Télévisions)
Publié le jeudi 22 août 2019, par LA RÉDACTION
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Grâce à de nombreux prêts, le musée d’Orsay propose une rétrospective exceptionnelle de Berthe Morisot, un des grands noms de l’impressionnisme
 

Berthe Morisot (1841-1895) n’est pas une peintre dilettante, qui aurait exercé son talent de femme bourgeoise éduquée aux arts, dans l’ombre de Manet, Renoir et autres Monet, mais une véritable peintre professionnelle, une figure fondatrice de l’impressionnisme qui exerçait un art plein d’audace et de modernité : c’est ce que nous montre une exposition exceptionnelle au Musée d’Orsay, qui ne lui avait jamais consacré de rétrospective.

C’est un événement car parmi les quelque 75 oeuvres réunies au musée d’Orsay, la moitié (37) proviennent de collections privées, une douzaine seulement de musées français, les autres étant prêtés par des musées étrangers. En effet, les collections publiques françaises ont tardé à prendre Berthe Morisot au sérieux et possèdent très peu de ses œuvres, tandis que les collectionneurs et les musées Américains ont très vite acheté ses tableaux. L’exposition montre ainsi des toiles jamais vues en France depuis des décennies.

Berthe Morisot. Autoportrait (1885)
Berthe Morisot. Autoportrait (1885)

Un avenir d’épouse et mère tout tracé
Berthe Morisot naît à Bourges en 1841 dans une famille bourgeoise (son père, alors, est préfet). Son avenir d’épouse et de mère à la maison est tout tracé. Mais sa mère, ouverte aux arts, fait apprendre la musique et la peinture à ses trois filles. Il ne s’agit pas de faire carrière mais les deux cadettes, Berthe et Edma, montrent un talent qui les mène d’un cours particulier chez un certain Geoffroy Alphonse Chocarne jusqu’au musée du Louvre où elles copient les classiques, à partir de 1858. C’est là qu’elles font la connaissance d’Henri Fantin-Latour, avant de rencontrer Corot.

Les deux filles Morisot exposent au Salon en 1964 (Berthe va y être presque tous les ans pendant dix ans). Elles rencontrent Edouard Manet qui les trouve « charmantes ». C’est seulement dommage « qu’elles ne soient pas des hommes », dit-il. Edma rentre dans le rang en 1869 : elle se marie avec un officier de marine et renonce à la peinture. Pourtant elle était douée, comme le montre un portrait de sa sœur de 1865, qui ouvre l’exposition.

Berthe, elle, continue à peindre plus que jamais. Elle a perdu son modèle préféré, partie à Lorient avec son mari. Manet, fasciné par la beauté sombre de Berthe, fait son portrait douze fois, jusqu’à ce qu’elle se marie avec le frère du peintre, Eugène Manet, à l’âge de 33 ans. Il n’est pourtant pas question pour elle de s’arrêter. Elle continue même à signer ses toiles de son nom de jeune fille.

« L’intention de m’émanciper »
« Je n’obtiendrai (mon indépendance) qu’à force de persévérance et en manifestant très ouvertement l’intention de m’émanciper », écrit-elle en 1871. Sur son unique autoportrait peint, daté de 1885, elle se montrera au travail, la palette à la main et l’air extrêmement volontaire.

Femme à sa toilette. Peinture de Berthe Morisot (1875)
Femme à sa toilette. Peinture de Berthe Morisot (1875)

L’année de son mariage, en 1874, Berthe Morisot a participé à la première exposition « impressionniste » : organisée par la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs, en réaction contre le Salon officiel, l’exposition est nommée ainsi de façon péjorative par les critiques. Elle est la seule femme au côté de Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir, Paul Cézanne ou Camille Pissarro, et participera à toutes les expositions du groupe : elle ne rate que celle de 1878 car elle vient d’accoucher. En 1874, elle a présenté Le Berceau, tableau sur lequel on voit Edma qui regarde dormir sa fille dormir, le bras posé sur le lit du bébé. On y voit sa virtuosité à peindre les nuances de blanc et les transparences du voile qui le recouvre.

Toutes les nuances du blanc
L’artiste va passer sa vie à peindre des figures. À l’intérieur ou à l’extérieur, dans les jardins et les parcs. Certes, elle représente l’univers bourgeois et féminin, le seul auquel il était convenable qu’elle accède. Elle peint les toilettes élégantes des jeunes femmes, excellant là encore à rendre toutes les nuances et la lumière du blanc des robes de bal. Elle représente aussi avec tendresse et respect le personnel de maison féminin qui travaille chez elle. Le blanc, le gris, le rose, elle les décline encore dans de magnifiques scènes de toilette, où elle saisit de jeunes modèles au saut du lit ou devant leur miroir, à moitié dénudées, dans sa propre chambre.

Après sa sœur à ses débuts, sa fille unique Julie va être son modèle préféré. Thème féminin que le thème de l’enfance ? Peut-être, mais, Berthe Morisot, peintre professionnelle, peint aussi la paternité : l’exposition présente trois tableaux montrant Monsieur Manet s’occupant de sa fille au jardin, dans des scènes très touchantes qui inversent les rôles clairement assignés aux sexes à l’époque. Les angles de ces tableaux sont peu couverts de peinture, la touche se concentrant au centre et sur les figures.

Les formes semblent se dissoudre
À ce moment-là, dans les années 1880, la touche se fait plus allusive et l’artiste développe un style non fini. Quand Julie, accroupie, fait Les Pâtés de sable, on ne voit des mains floues, pas de pâtés, pas de sable. Tout est dans l’intensité de la posture de l’enfant. Le procédé est poussé à l’extrême dans le Portrait de Mlle Lambert, dit Isabelle au jardin : la végétation est à peine évoquée par un peu de vert autour de la figure, des fleurs par quelques traits jaunes et violets devant elle.

Jeune fille à la poupée. Peinture de Berthe Morisot (1884)
Jeune fille à la poupée. Peinture de Berthe Morisot (1884)

Les formes semblent souvent se dissoudre, se fondre dans l’environnement, celle d’une enfant qui joue sur la plage de Nice dans le sable, celle des mains d’une Jeune femme cousant au jardin ou celles des jupes de deux Dames cueillant des fleurs. Berthe Morisot dit vouloir fixer quelque chose de ce qui se passe, et sa touche, rapide, plus esquissée, gagne en dynamisme. Dans Jeune fille à la poupée, les pieds de l’enfant assise sur un fauteuil sont volontairement inachevés, donnant une impression de mouvement.

La vibration de la musique
Dans les années 1880, elle imagine aussi des compositions sophistiquées où elle brouille la limite entre l’intérieur et l’extérieur, qui communiquent par des baies vitrées, des vérandas, des fenêtres, des seuils où sont posés ses modèles, éclairés par la lumière du dehors.

Jusqu’à mort, précoce (elle succombe à une grippe à l’âge de 54 ans), Berthe Morisot s’est renouvelée : on remarquer les accents renoiriens des dernières toiles ou la vibration de la musique qu’elle semble saisir quand elle peint sa fille au violon en 1893 et 1894. Ne ratez pas cette occasion de découvrir ou redécouvrir une grande artiste dans toutes les facettes de son travail.

Renseignements pratiques
Exposition Berthe Morisot
Musée d’Orsay — 1 rue de la Légion d’honneur — 75007 Paris
Jusqu’au 22 septembre 2019
Site Internet : https://www.musee-orsay.fr

Valérie Oddos
France Télévisions

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