LA FRANCE PITTORESQUE
Rompre l’anguille au genou
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Publié le vendredi 9 août 2019, par LA RÉDACTION
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Entreprendre quelque chose d’infaisable
 

Littéralement, cette expression qui, dans l’origine, portait andouille au lieu d’anguille, signifie rompre une anguille avec le genou ; la préposition à y est employée pour les mots à l’aide de.

Maintenant, quel sens figuré peut-elle bien avoir ? D’après Ménage, le proverbe se dirige contre ceux qui n’emploient pas les moyens propres à faire réussir une entreprise ; selon Quitard, rompre l’anguille au genou, c’est tenter l’impossible, attendu qu’une anguille, qui glisse toujours des mains, ne peut se rompre sur le genou comme le fait un bâton.

Chromolithographie publicitaire publiée vers 1890 pour Victor Martin à Cherbourg
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(épicerie fine et comestibles, approvisionnements pour la marine,
spécialité de cafés, thés et chocolats, etc.)

En faveur du premier sens, on trouve le dictionnaire de Furetière, celui de Trévoux (1771), et enfin celui de Littré ; mais aucun autre exemple ne vient l’appuyer. En faveur du second, on trouve plusieurs citations :

« Rompre l’anguille au genou : tenter chose impossible » (Louis-Nicolas Bescherelle, Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la langue française, 1845).

« Rompre l’anguille au genouil : entreprendre un affaire fascheux et qui ne peut réussir » (Antoine Oudin, Curiositez françoises, pour servir de complément aux dictionnaires, 1640).

« Il ne faut pas cuider du beau premier coup vouloir changer cette nature, et rompre les andouilles avec les genoux, pour la raison que c’est une chose de trop grand’peine » (Noël du Fail, Propos rustiques, 1547).

« Laissez poursuivre le sieur Alphonse, sans le battre des Arrêts et Conciles ; vous rompriez autrement du premier coup l’anguille au genouil » (Nicolas de Cholières, Les Après-disnées, 1587).

De plus, en cherchant comment les langues sœurs de la nôtre exprimaient le proverbe en question, nous pouvons observer que l’espagnol le fait par soldar el azogue (souder le vif-argent) et l’italien par pigliar il vento con le reti (prendre le vent au filet). Ce qui confirme la signification de l’expression française.

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