LA FRANCE PITTORESQUE
Mode et bande dessinée
(Cité internationale de la bande dessinée et de l’image)
Publié le jeudi 26 septembre 2019, par LA RÉDACTION
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À première vue, les univers de la mode et de la bande dessinée pourraient sembler très éloignés l’un de l’autre. En effet, quantité de héros dessinés parmi les plus célèbres sont totalement indifférents à la mode. Ils portent un costume inaltérable et cette tenue, qui contribue de façon décisive à la fabrication de leur identité, les rend iconiques.
 

Qui ne reconnaîtrait immédiatement les pantalons de golf et le pull bleu ciel de Tintin, le costume de groom de Spirou, la redingote, le pantalon à pattes d’éléphant, la casquette et l’anneau de Corto Maltese ? De Popeye à Gaston Lagaffe en passant par Batman ou Bécassine, la liste de ces silhouettes légendaires est longue. Pour le centenaire de Bécassine, plusieurs couturiers, dont Sonia Rykiel, s’étaient du reste amusés à lui inventer une tenue plus en conformité avec le début du XXIe siècle.

Cependant, d’autres héros de bande dessinée ne se présentent pas dans un uniforme : ils ont une garde-robe. Nemo, le jeune protagoniste de la série de Winsor McCay Little Nemo in Slumberland, représente à lui seul une catégorie à part. Car son uniforme inaltérable, c’est la chemise de nuit dans laquelle nous le retrouvons dans la dernière vignette de chacune des planches qui composent sa geste, au moment du réveil. Dans le corps même des épisodes, ses aventures, taillées dans l’étoffe du rêve, ressemblent au monde enchanté du jeu, des fêtes, des parades, du cirque, et, de séquence en séquence, l’enfant peut incessamment changer de panoplie, le dessinateur manifestant une créativité exceptionnelle dans ce domaine.

Affiche de l'exposition Mode et bande dessinée
Affiche de l’exposition Mode et bande dessinée

Pour rendre leurs personnages féminins séduisants et à la page, les cartoonists américains s’inspiraient généralement des magazines de mode, qu’ils étudiaient avec attention. Mais leurs héroïnes à leur tour ne manquaient pas d’influencer les lectrices de la page des comics, qui s’identifiaient à elles. Pour ne citer qu’elle : Winnie Winkle, la sœur du Bicot de Martin Branner, que les Français connaissaient sous le nom de Suzy, se présentait dans des robes toujours différentes, toujours renouvelées, émerveillant les lectrices. Branner était connu pour dessiner de jolies filles, et son épouse était sa conseillère personnelle pour ce qui est des habits portés par son héroïne.

Pop et glamour, l’exposition Mode et bande dessinée explore toutes les facettes des relations entre ces deux univers : les influences croisées, la mise en scène de l’élégance et du milieu de la mode dans les récits dessinés, les collaborations d’auteurs de BD à des catalogues ou magazines de mode, les poupées de papier, etc.

S’appuyant sur la collection du musée de la bande dessinée autant que sur les prêts issus de collections publiques ou privées (musées, maisons de couture, galeries, collectionneurs et artistes), elle réunit près de 200 pièces, essentiellement des planches et dessins originaux, mais aussi des vêtements et des accessoires de mode, des parfums, des archives imprimés et des films...

Sur un sujet inédit, cette exposition marque un moment majeur dans l’histoire du rôle culturel de la bande dessinée. Le parcours du visiteur est divisé en six étapes :

— Le dessin, geste commun aux créateurs de mode et aux auteurs de BD : « l’école du dessin » dans la mode française, d’Elsa Schiaparelli à Saint-Laurent ; la fantaisie visionnaire des auteurs de bande dessinée qui ont été de grands créateurs de costumes, de Winsor McCay (Little Nemo) à Moebius (Arzach, Le Garage hermétique...) en passant par Jean-Claude Forest ou Nicolas de Crécy

— Rencontres entre l’univers de la bande dessinée et celui de la mode : vêtements et accessoires de mode influencés par la bande dessinée ; hommages à Bécassine par plusieurs grands stylistes ; contributions graphiques de dessinateurs de BD aux revues de mode ; bijoux créés d’après les dessins d’auteurs de bande dessinée

Arzach. BD de Moebius parue chez Les Humanoïdes Associés (1976)
Arzach. BD de Moebius parue chez Les Humanoïdes Associés (1976)

— La bande dessinée raconte la mode : la mode et la frivolité comme sujets de moquerie ; les fictions dessinées se déroulant dans l’univers de la mode ; élégantes et fashion victims à travers l’histoire de la bande dessinée

— L’uniforme et le look : les héros dotés d’un costume inaltérable qui traverse les époques et en quoi il est constitutif de leur identité ; une typologie des looks à travers la bande dessinée : BCBG, baba cool, rock, punk, yuppie, ado, etc.

— Les paper dolls : comment, de l’imagerie d’Épinal jusqu’à la BD contemporaine, la tradition de la « poupée à habiller » a investi le champ de la bande dessinée

Plus près du corps : le vêtement dans les bandes dessinées érotiques et fétichistes : Guido Crepax, Roberto Baldazzini, John Willie, mais aussi les « tarzannes » et reines de la nuit ; le domaine de la soie, de la dentelle, de la peau de bête, du cuir, du latex et des talons aiguille... (espace à l’accès réservé, où les œuvres seront présentées dans de fausses cabines d’essayage, derrière des rideaux).

Renseignements pratiques
Exposition Mode et bande dessinée — Cité internationale de la bande dessinée et de l’image — Musée de la bande dessinée — 1 quai de la Charente — 16000 ANGOULÊME
Jusqu’au 5 janvier 2020
Site Internet : http://www.citebd.org/spip.php?article9878
Tél. : 05 17 17 31 00

Cité internationale
de la bande dessinée et de l’image

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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