LA FRANCE PITTORESQUE
Beau, belle (lorsque ce terme
est en lien avec la parenté)
(D’après « Le Courrier de Vaugelas », paru en 1879)
Publié le vendredi 28 juin 2019, par LA RÉDACTION
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Comment s’est opéré le passage du nom des parents naturels auquel on accolait le suffixe latin aster (âtre), à ce même nom accompagné du préfixe beau ou belle pour désigner les membres par alliance d’une famille ?
 

Pour désigner les degrés de parenté par alliance, les Latins avaient deux sortes de noms ; les uns qui n’étaient point faits des noms des parents naturels, les autres, qui en étaient formés avec le suffixe aster, comme filiaster, beau-fils, gendre ; belle-fille, etc. Employés sans doute de préférence aux autres pendant la période que comprend la basse latinité, ces derniers ont passé dans quatre langues dérivées du latin : en provençal, en espagnol, en portugais et en français. En voici des exemples dans la nôtre :

De mauvaise marastre est l’amour moult petite.
(Berte, LIV.)
Un parastre peut bien avoir la garde des enfants de sa femme.
(Coust. génér., Tome I, page 137)
Guenes respunt : [Rollans] cist miens fillastre.
(Chanson de Roland, Chapitre II, v. 84)
Aucune fois meuvent li contens [querelles] en mariage par le [la] haine que li parrastre et li marrastre ont envers lor fillastres.
(Beaumanoir, LVII, 7.)

Mais, vers le XVIe siècle, ces termes étaient hors d’usage (excepté marâtre, qui nous est resté depuis dans le sens péjoratif) ; on leur avait substitué beau-père, belle-mère, beau-fils, belle-fille, etc.

Repas en famille. Chromolithographie publicitaire de la fin du XIXe siècle pour l'eau minérale de Saint-Galmier
Repas en famille. Chromolithographie publicitaire de la fin
du XIXe siècle pour l’eau minérale de Saint-Galmier

D’où vient l’adjectif beau qui s’est introduit là ? Il a été émis à ce sujet des opinions diverses. Les uns disent qu’il a été accolé aux mots père, frère, fils, etc., et à leurs féminins, dans un esprit de bienveillance, d’adulation ; les autres, au contraire, dans un esprit d’ironie.

Sans s’arrêter à réfuter de semblables raisons, passons à la recherche de l’étymologie de beau dans lesdites expressions. Quelle est la signification de cet adjectif ? Il a pour équivalent le sens attaché à la finale âtre, du latin aster, qui se joignait aux noms et aux adjectifs pour signifier l’idée de : qui n’a pas son caractère propre, pour en faire un diminutif de la chose ou de la personne (filiaster, qui n’est pas tout à fait le fils ; surdaster, qui n’est pas entièrement sourd, etc.) ; il joue le rôle de stief en allemand (dont l’anglais a fait step), lequel veut dire demi, consanguin, et s’emploie pour marquer une parenté incomplète : Stiefvater (Beau-père) ; Stiefmutter (Belle-mère) ; Stiefsohn (Beau-fils).

Maintenant, la langue de nos aïeux a-t-elle jamais possédé un mot ayant la même signification que le suffixe aster et le substantif allemand stief ? Oui, l’adjectif bal ; car on trouve dans Du Cange que ce mot signifiait faux chez les anciens Français ; que balmond, composé du substantif mundius, tuteur, signifiait faux tuteur ; que balmonden voulait dire male tueri rem pupilli, mal administrer le bien de son pupille ; et enfin que ballomer, qui se rencontre dans Grégoire de Tours, veut dire faux maître, faux prince.

Or, comme la transformation de bal en beau et en belle n’offre aucune difficulté, et que, d’un autre côté, le sens de cet adjectif convient parfaitement à beau-père, qui n’est pas un vrai père, à belle-mère, qui n’est pas une vraie mère, à beau-fils, qui n’est pas un vrai fils, etc., nous pouvons en conclure que bal est bien réellement l’étymologie demandée.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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