LA FRANCE PITTORESQUE
Fortifications et habitat
du Moyen Age à Harfleur (Normandie)
(Source : Inrap (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives))
Publié le mardi 12 mars 2019, par LA RÉDACTION
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Les équipes de l’Inrap ont mis au jour des éléments de fortification remarquables, dont une tour creuse et un ouvrage défensif avancé (casemate), ainsi que des vestiges d’habitation des XIIIe et XIVe siècles. Ces découvertes viennent enrichir l’histoire de ce port stratégique de l’estuaire de la Seine, supplanté seulement au début du XVIe siècle par le Havre.
 

Prescrites par les services de l’État (Drac Normandie, Service régional de l’archéologie), en amont du projet immobilier « Les trois mâts » (Logeo Seine Estuaire), les fouilles qui sont menées sur près d’un hectare à Harfleur, au niveau de l’impasse Gambetta, ont révélé un habitat médiéval et un rempart édifié au XIVe siècle, puis maintes fois remanié avant d’être démantelé en 1621.

Une portion du rempart daté de la guerre de Cent Ans (1337-1453) et ses reprises
Du XIe siècle à la création du port du Havre en 1517, la ville de Harfleur était le principal port maritime de Normandie. Devant faire face à la menace anglaise, la ville s’entoure à partir de 1344 d’un rempart flanqué de tours et de trois portes, puis d’un bassin fortifié au sud de la ville, « Le clos des Galées », servant de port militaire. La porte de Rouen, ouvrant sur ce bassin, est doublée à la fin du XVe siècle, d’un boulevard d’artillerie.

Partie du rempart reconstruite à l'époque moderne (vers le XVIe-XVIIe siècle). Les fondations sont en blocs calcaire, tandis que l'élévation, au second plan, est en assises de silex scandées par des harpes en calcaire
Partie du rempart reconstruite à l’époque moderne (vers le XVIe-XVIIe siècle). Les fondations
sont en blocs calcaire, tandis que l’élévation, au second plan, est en assises de silex
scandées par des harpes en calcaire. © Crédit photo : Sandrine Lalain, Inrap

Les archéologues ont dégagé une portion du rempart nord de la ville sur près de quatre-vingt mètres. Les maçonneries ne sont pas toutes d’origine et témoignent de réfections effectuées aux XVe et XVIe siècles. Dans un état de conservation variable, la muraille atteint par endroit 1,50 m d’élévation. Le parement médiéval est constitué de gros blocs, alors que le parement moderne est constitué de petits moellons en silex, avec des harpes en calcaire.

L’étude du rempart met en évidence des vicissitudes — destructions, réparations, améliorations, etc. — corrélées à l’évolution des systèmes défensifs (murs en pierre, ouvrages de défense avancés, utilisation de la terre pour renforcer les murailles afin d’absorber le choc des boulets, etc.). En témoigne la découverte de boulets de catapultes en pierre, remplacés plus tard par des boulets de canons.

La Tour de la Cigogne ou de la Grue
Les archéologues ont révélé la présence d’une tour semi-circulaire de six mètres de diamètre, dotée d’une poterne (porte dérobée) ouvrant sur l’extérieur. Mentionnée sur les plans anciens sous le nom de tour de la Cigogne ou tour de la Grue, cette tour comprenait une salle accessible par une petite porte depuis l’intérieur du rempart.

Autre découverte, la tour était défendue par un ouvrage avancé en forme d’éperon, édifié dans un second temps, peut-être en partie dans le fossé bordant le rempart. Plus tard, l’accès à la tour a été condamné par un talus en terre. Visibles sur plus de trente mètres de long, ces talus ont peut-être été rendus nécessaires par la destruction de la muraille. Leur sommet a été coiffé d’un mur de retenue de terre qui formait sans-doute une plateforme pour accueillir l’artillerie.

Un quartier d’habitat médiéval et moderne intra-muros
Malgré une résistance acharnée, la ville de Harfleur est prise par le roi d’Angleterre en 1415, avant de redevenir française en 1450. La fouille de l’impasse Gambetta permet d’étudier un quartier d’habitat dans ce contexte particulier de la guerre de Cent Ans.

Les archéologues ont mis au jour des bâtiments en bois des XIIIe-XIVe siècles, dont subsistent des sols, des bases de cheminées ainsi que des assises de pierres (ou solins) supportant des colombages aujourd’hui disparus. Ces vestiges, antérieurs aux maisons encore en élévation à Harfleur (dont les plus anciennes datent du XVe siècle), viennent par ailleurs compléter nos connaissances sur l’habitat de la ville au Moyen Âge.

Inrap
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