LA FRANCE PITTORESQUE
Jean Béguin (1550-1620) :
pionnier de la chimie
(D’après « Revue d’histoire de la pharmacie », paru en 1955)
Publié le lundi 18 juin 2018, par LA RÉDACTION
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Apothicaire, pharmacien, chimiste et aumônier du roi Louis XIII, Jean Béguin est l’auteur, en 1610, de ce qui peut être considéré comme l’un des premiers livres de « chimie » lorsque cette science n’avait pas encore véritablement pris le dessus sur l’alchimie, au sein duquel il révèle la préparation de l’acétone
 

Si Jean Béguin est un personnage peu connu dans le secteur pharmaceutique de l’histoire, c’est sans doute parce que son œuvre a été célébrée comme étant celle d’un chimiste beaucoup plus que d’un pharmacien. Or la chimie devra toujours reconnaître que son berceau fut la pharmacie. Notre savant fut bel et bien pharmacien et se consacra à l’enseignement de la pharmacie.

Malheureusement, nous ne possédons pas beaucoup de renseignements sur ce personnage, et ce que nous en connaissons tient essentiellement dans l’ouvrage du professeur anglais John Read, qui signale que Jean Béguin « s’intéressait à la chimie et à la pharmacie », et indique aussitôt après qu’ « il ouvrit à Paris une école pour l’enseignement de la chimie et de la pharmacie ».

Portrait du grand fourneau de maître Jean Béguin, avec ses dimensions et proportions. Illustration extraite de l'édition de 1624 de Les Éléments de chimie, de maîstre Jean Beguin, revus, expliqués, et augmentés, par Jean Lucas de Roy, medecin boleducois
Portrait du grand fourneau de maître Jean Béguin, avec ses dimensions et proportions.
Illustration extraite de l’édition de 1624 de Les Éléments de chimie, de maîstre
Jean Beguin, revus, expliqués, et augmentés, par Jean Lucas de Roy, medecin boleducois

Il naquit en Lorraine vers 1550, et, sans doute après avoir acquis la maîtrise d’apothicaire, se rendit à Paris sous le règne d’Henri IV. Il y trouva un protecteur, le premier-médecin du roi, Jean Ribit, qui, ami lui-même de la science, l’aida à satisfaire ses aspirations.

Cet appui et celui du médecin genevois Théodore Turquet de Mayerne, résidant alors dans la capitale française, et très partisan des remèdes chimiques, facilitèrent à Béguin la tâche qu’il avait entreprise d’ouvrir en 1604, à Paris, une école où étaient enseignées la chimie et la pharmacie : il y donnait des cours publics, avec des démonstrations pratiques, dans le but de procurer aux élèves les connaissances nécessaires à la préparation des médicaments chimiques. Ce furent les premières leçons de chimie de caractère public qui se donnèrent à Paris.

Pour guider et orienter ses élèves, Béguin publia en 1610 un petit volume intitulé Tyrocinium chymicum e naturae fonte et manuali experientia depromptum, et qui connut une grande vogue parmi les étudiants en chimie. Le premier qui le traduisit en français fut Jean-Luc Leroy, avec le titre Les Éléments de chimie, de maître Jean Béguin, aumônier du roi (1615), et le premier traducteur anglais fut Richard Russell, en 1669.

Représentation d'un laboratoire de chimie du XVIIe siècle. Frontispice de l'édition de 1659 du Tyrocynium chymicum, par Jean Béguin
Représentation d’un laboratoire de chimie du XVIIe siècle.
Frontispice de l’édition de 1659 du Tyrocynium chymicum, par Jean Béguin

Cette œuvre a été l’ouvrage classique le plus populaire du XVIIe siècle, puisque, entre les années 1612 et 1690, près de 50 éditions, la plupart en latin, virent le jour. Le lecteur désireux d’approfondir la question se rapportera utilement à l’ouvrage du professeur Read, qui rapporte qu’ « en tant que produit du XVIIe siècle, le livre de Béguin est extraordinairement clair et intelligible. Il représente une étape bien marquée entre l’esprit symbolique de l’alchimie et la précision de la chimie moderne ; c’est pourquoi nous devons le considérer comme un point de départ des progrès de la chimie ».

Jean Béguin, qui fut aumônier de Louis XIII, mourut probablement à Paris en l’année 1620. On lui doit le spiritus fumans sulphuratus ou spiritus sulphurus volatilis Beguini ; il découvrit également ce qu’il appelle « esprit ardent de Saturne », produit qui semble n’être autre chose que l’acétone, dont Jean Béguin serait donc, suivant Read, le véritable inventeur.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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