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En avoir marre
(Source : Le Figaro)
Publié le vendredi 23 mars 2018, par LA RÉDACTION
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Trop c’est trop. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase
 

C’est une histoire dont les racines absconses laissent toujours marris les linguistes. En effet, ce ne sont pas une, ni deux hypothèses qui ont été avancées par les lexicologues à travers les siècles, mais une dizaine.

On se souvient par exemple de ces théories qui faisaient remonter le mot marre au terme marrement, qui signifiait chagrin du XIe au XIIIe siècles, marance, pour affliction, faute légère entre le XIIe et XIVe siècles ou encore marrissement, qui s’employait dans le sens de déplaisir jusqu’au XVIe siècle.

De l’arabe andek, « tu as eu » ?
Sans oublier l’éventualité d’un emprunt à l’arabe andek « tu as eu », marra « une fois » c’est-à-dire « ça suffit », le mot marre a plongé la lexicologie dans un marasme de conjectures, très loin de la marrade...

Alain Rey, l’éminent linguiste et co-fondateur du dictionnaire Le Robert, s’est lui-même frotté à l’étymologie du mot, rapporte Georges Planelles dans son livre Les 1001 expressions préférées des Français. Impossible pour lui en effet de marronner cette affaire ! Selon le lexicologue, le mot marre serait issu du terme d’argot mar, maré endémique au XIXe siècle. Il s’est d’abord employé dans le sens de jeton, puis gage, gain, part due au XVe siècle. « Avoir son mar », c’était ainsi « avoir son compte », c’est-à-dire « avoir ce qu’il faut ». Plutôt marrant, n’est-ce pas ?

Le Trésor de la langue française note toutefois que le mot marre serait plutôt issu de l’ancien verbe se marer qui signifiait s’ennuyer. Un terme qui n’est pas sans avoir de lien de parenté avec notre actuel verbe se marrer. D’après le thésaurus, c’est à lui que l’on devrait, par antiphrase, l’idée d’un « amusement », d’un « rire sans retenue ».

Alice Develey
Le Figaro

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