LA FRANCE PITTORESQUE
21 octobre 1793 : la Convention
adopte le calendrier républicain
(D’après « Le Voleur illustré : cabinet de lecture universel » du 29 octobre 1899)
Publié le dimanche 20 octobre 2019, par LA RÉDACTION
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Par décret, la Convention adopte ce calendrier, avec le tableau annexé en reproduisant la nomenclature, la dénomination et les dispositions sous le titre de « Annuaire républicain », l’usage en étant instauré le 24 novembre suivant
 

On avait eu bien du mal, rien que pour se mettre d’accord sur le point de départ de l’ère nouvelle : l’Assemblée Constituante avait hésité entre le 5 mai, date de l’ouverture des États-Généraux, le 5 juin, jour où le Tiers-État s’était déclaré Assemblée nationale, et le 20 juin, jour de la fameuse séance du Jeu de Paume ; c’est le 14 juillet, jour de la prise de la Bastille, qu’elle finit par adopter comme le commencement de « l’ère de la liberté », dont le 14 juillet 1790 commença la seconde année.

Lorsque la Constituante eut pris fin en 1791 et que la Législative l’eut remplacée, celle-ci déclara que l’année 1789 devait être admise tout entière à l’honneur d’avoir donné naissance à la liberté, et, en conséquence, reporta au 1er janvier 1789 le commencement de « l’ère de la liberté » ; l’année 1792 devint ainsi l’an IV de la liberté ; mais après le 10 août 1792, elle considéra que le règne de l’égalité étant commencé, il n’était pas juste que la liberté figurât seule dans la désignation de l’année, et, en conséquence, l’année 1792, qui était déjà l’an IV da la liberté, dut s’appeler en même temps l’an 1 de l’égalité.

Allégorie pour germinal. Gravure de Salvatore Tresca (1750-1815) d'après un dessin de Louis Lafitte (1770-1828)
Allégorie pour germinal. Gravure de Salvatore Tresca (1750-1815)
d’après un dessin de Louis Lafitte (1770-1828)

La République ayant été proclamée en septembre 1792, la Convention estima que ce mot résumait à lui seul la liberté et l’égalité, et décida que l’année 1792 s’appellerait désormais simplement l’an premier de la République française depuis le 1er janvier, lui faisant le même honneur que la Législative avait déjà fait à 1789, et que le 1er janvier 1793 serait le commencement de la seconde année de la République.

Mais cette seconde année n’était pas écoulée quand, le 5 octobre 1793, la Convention changea encore d’avis et décréta que le point de départ de l’ère et de l’année françaises serait, non plus le 1er janvier de l’année 1792, où la République avait été proclamée, mais le jour de cette année où elle l’avait été, c’est-à-dire le 22 septembre, par cette considération que c’était justement le jour de l’équinoxe d’automne, « que l’égalité des jours et des nuits était marquée dans le ciel, au moment même où l’égalité civile et politique était proclamée par les représentants du peuple, que le soleil avait éclairé à la fois, les deux pôles le jour même où, pour la première fois, avait brillé sur la nation française le flambeau de la liberté, et passé d’un hémisphère à l’autre, le jour où le peuple avait passé du gouvernement monarchique au gouvernement républicain. »

C’étaient assurément de bien bonnes raisons de tout bouleverser une fois de plus, alors que tout le monde y perdait déjà son latin, et de rendre inextricable la supputation des dates en fixant le commencement de l’année au 22 septembre pour la France, quand toutes les nations voisines le comptaient du 1er janvier, et en changeant non seulement le commencement des mois, mais leur nom, celui des jours, et jusqu’à la période ordinaire qui constitue la semaine et que la décade venait remplacer, sans parler des jours Sans-Culottides qu’il fallait ajouter, après l’expiration des douze mois, fixés de trente jours chacun, pour terminer l’année.

Allégorie pour nivôse. Gravure de Salvatore Tresca (1750-1815) d'après un dessin de Louis Lafitte (1770-1828)
Allégorie pour nivôse. Gravure de Salvatore Tresca (1750-1815)
d’après un dessin de Louis Lafitte (1770-1828)

Mais la Convention ne s’embarrassait guère de tout cela, et le 24 octobre 1793 elle adopta le nouveau calendrier, où les noms prescrits des saints étaient remplacés par des noms d’instruments de travail, d’animaux, de plantes, de fleurs ou de fruits, saint Jean par romarin, saint Pierre par coriandre, saint Louis par pastèque et saint Sylvestre par granit. Toutes ces modifications aboutirent à la publication d’un nouveau décret, le 24 novembre 1793, faisant rétroactivement du 22 septembre 1792 le premier jour de l’an I de la République et de l’ « ère des Français ».

Le rapporteur du décret relatif au calendrier était Romme, député du Puy-de-Dôme ; il jouit de son œuvre pendant dix-huit mois seulement, car il se poignarda le 29 prairial an III de la République (17 juin 1795), au moment où il venait d’être condamné à mort et où on allait le conduire à l’échafaud avec ses collègues Goujon, Duquesnoy, Duroy, Bourbotte et Soubrany, montagnards comme lui, et comme lui auteurs ou complices de l’émeute du 1er prairial.

Quant à son calendrier, tout républicain qu’il fut, il survécut à la République, mais pas pour longtemps ; dans la seconde année de l’Empire, un décret fixa le terme de son existence, et, le 31 décembre 1805, il expira.

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