LA FRANCE PITTORESQUE
19 août 1889 : premier
coup de foudre sur la tour Eiffel
(D’après « L’Année scientifique et industrielle » paru en 1889
et « Panthéon scientifique de la tour Eiffel » paru en 1892)
Publié le jeudi 19 août 2021, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article
Dans la soirée du 19 août 1889, un coup de foudre frappa pour la première fois le paratonnerre de la tour Eiffel, quelques mois après son installation, sans causer d’accident et en démontrant que les visiteurs n’avaient absolument rien à craindre, même en cas d’orage violent
 

Au moment de l’incident, le chef du service électrique, Monsieur Foussat, se trouvait sur la plate-forme supérieure pendant l’orage. La pointe de bronze, avec bout de platine, qui terminait la tige centrale se trouvant au sommet de la tour, avait été enlevée quelques semaines auparavant parce qu’elle éprouvait des oscillations qui faisaient craindre sa chute.

Chromolithographie représentant la Tour Eiffel lors de l'Exposition universelle de 1889
Chromolithographie représentant la Tour Eiffel lors de l’Exposition universelle de 1889

Vers 9h45 du soit, une décharge eut lieu sur le paratonnerre principal du sommet ; elle fut accompagnée d’un bruit épouvantable, analogue à la détonation de deux pièces d’artillerie d’un petit calibre. Quelques gouttelettes rouges se détachèrent de la pointe, probablement dues à la combustion dans l’air de parcelles de fer volatilisées. On remarqua, en effet, que l’écrou qui terminait la tige portait de petites bavures, qu’il fut nécessaire de limer pour remonter une aigrette de pointes.

Sur les paratonnerres de la plate-forme, on aperçut des fusées lumineuses, accompagnées d’un crépitement très manifeste. Le gardien du phare était près de son appareil, deux hommes manœuvraient les projecteurs sur la plate-forme, et Foussat était lui-même adossé à la rampe, regardant le paratonnerre du phare. Il est intéressant de signaler qu’aucune de ces quatre personnes n’éprouva la moindre secousse du coup de foudre ; cependant ; à cause de l’abondance de la pluie et de la possibilité d’un danger dans le cas d’une nouvelle décharge, les projecteurs furent éteints, et les trois personnes qui se trouvaient sur la plate-forme rentrèrent dans les laboratoires.

Sur la troisième plate-forme se trouvaient quelques personnes qui se préparaient à descendre ; elles entendirent distinctement les deux détonations. Une certaine panique se produisit, et une dame se trouva mal de frayeur. Sur les deuxième et première plates-formes et au pied de la Tour, on entendit un crépitement et un bruit de ferraille ; mais, fait curieux, le bruit fut plus fort au pied de la Tour et sur la première plate-forme qu’à hauteur de la deuxième.

Chromolithographie représentant la Tour Eiffel lors de l'Exposition universelle de 1889
Chromolithographie représentant la Tour Eiffel lors de l’Exposition universelle de 1889

Un nuage qui était descendu jusqu’à la hauteur du phare se trouva vivement éclairé. Après l’orage, un homme fut envoyé au sommet pour examiner les dégâts, et constat que la paratonnerre était légèrement tordu. La Tour n’avait, du reste, nullement souffert, et les personnes qui se trouvaient aux différents étages n’avaient éprouvé aucune secousse. Les instruments météorologiques placés au bas du paratonnerre ne subirent aucun dommage. Bêtes et gens n’avaient rien à redouter, car 2000 pigeons qui se trouvaient ce soir-là à la troisième plate-forme pour un lâcher à faire le lendemain matin, ne ressentirent aucun malaise.

Ce coup de foudre s’explique, en somme, par l’absence accidentelle de la pointe terminale qui faisant fonction de tige de paratonnerre. Il prouve que la communication de la tour avec le sol est parfaite quand, la pointe terminale du paratonnerre est en bon état.

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE