LA FRANCE PITTORESQUE
Potager (Un) vraiment royal
à Versailles
(Source : Le Parisien)
Publié le dimanche 15 avril 2018, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article
Créé en 1683 au Château de Versailles pour le roi Louis XIV et d’une superficie de neuf hectares, le potager du Roi reste, trois siècles après, le plus grand d’Europe
 

« L’étang puant ». Sur les anciennes cartes de Versailles, le nom figure encore. Un terrain marécageux au sud du château. Pas franchement le genre d’endroit où l’on imagine un jardin luxuriant. Et pourtant, le Roi Soleil n’en démord pas. Ce sera là et nulle part ailleurs qu’il fera pousser ses fruits et légumes.

Neuf hectares ne sont pas de trop. Car comme pour ses jardins, ses fontaines, son château, Louis XIV veut faire dans la démesure, en mettre plein la vue aux autres cours européennes, pour que son domaine soit un modèle dans le monde entier. Trois siècles plus tard, le potager du roi est toujours le plus grand d’Europe. Plus d’un millier de variétés de plantes y sont cultivées. On peut passer des heures à déambuler dans ses allées, guetter les têtes d’asperges qui affleurent, scruter les fraises cachées sous leurs larges feuilles. Longer les poiriers parfaitement alignés et admirer la fameuse grille du roi, une des seules encore d’origine sur le domaine.

Vue et perspective du Jardin potager de Versailles. Gravure du XVIIIe siècle de Pierre Aveline (1654-1722)
Vue et perspective du Jardin potager de Versailles.
Gravure du XVIIIe siècle de Pierre Aveline (1654-1722)

Difficile de croire que ce terrain fut un jour insalubre. En 1678, les travaux démarrent. Des milliers d’ouvriers sont chargés de remblayer cet immense trou. Reste alors l’essentiel : y faire pousser des plantes. Pour ça, Louis XIV fera appel à Jean-Baptiste de la Quintinie. Avocat de formation, ce bourgeois charentais se passionne depuis quelques années pour le jardinage. Il sera le magicien de ce lieu. « La Quintinie a une mission : surprendre et faire mieux que les autres », explique Antoine Jacobsohn, responsable du potager du roi, aujourd’hui géré par l’école nationale supérieure du paysage.

Des asperges en plein hiver
La Quintinie observe, expérimente et met au point de nouvelles techniques de taille et de production forcée de fruits et légumes. « Avec lui, ce sera l’été en hiver, résume Antoine Jacobsohn. La figuerie qu’il fait construire est une des seules que je connaisse. Il faut imaginer 700 caisses de figuiers, qu’on sortait et rentrait chaque jour. Cette technique permettait de faire pousser des figues dès le mois d’avril, alors qu’en Provence on commence tout juste à en avoir fin juin ».

En utilisant la fermentation du fumier, le génial inventeur parvient également à obtenir des asperges en plein hiver. Il développera l’utilisation de la vitre en verre. Et c’est encore lui qui optimisera la taille des arbres fruitiers pour avoir davantage de fruits sur les branches... et donc dans les assiettes.

Ses trouvailles font fureur auprès du roi. Tous les jours, des paniers de fruits et légumes stockés dans des caves voûtées sont emmenés vers les cuisines du château. « Ils sont là pour nourrir Louis XIV, qui dîne seul, puis sa famille, raconte Antoine Jacobsohn. Cela représente quelque 150 personnes ». Le roi, qui anoblit La Quintinie, confiera lors du décès du jardinier en chef en 1688, avoir subi une perte « que rien ne pourra jamais remplacer ».

Lors des règnes suivants, le site ne retrouvera jamais la dynamique de celui de Louis XIV. Classé monument historique en 1926, il est ouvert au public depuis 1991. « Aujourd’hui, s’enthousiasme Antoine Jacobsohn, il y a les jardiniers, les élèves paysagistes, les visiteurs et tout ce petit monde se croise. C’est une vraie ruche ». Vous voulez goûter ? La production des neuf jardiniers est vendue le mardi, jeudi et samedi matin dans la boutique.

Renseignements pratiques :
Potager du Roi — 10 rue du Maréchal-Joffre — 78000 Versailles
Ouvert du mardi au dimanche de 10 heures à 18 heures
Tél. 01.39.24.62.26
Site Internet : http://www.potager-du-roi.fr

Pauline Conradsson
Le Parisien

Accédez à l’article source

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE