LA FRANCE PITTORESQUE
26 avril 1803 : 3000 fragments
d’une météorite tombent
dans la région de L’Aigle
(D’après « Météorites. À la recherche de
nos origines » (par Matthieu Gounelle) paru en 2013
et « Les indispensables astronomiques et astrophysiques
pour tous » (par Alexandre Moatti) paru en 2009)
Publié le vendredi 26 avril 2019, par LA RÉDACTION
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Jusqu’en 1803, les autorités scientifiques refusent d’admettre la réalité des météorites et d’écouter les témoignages s’y rapportant, avant qu’un physicien allemand se risque à remettre la croyance en question, et qu’une pluie de fragments d’une grosse météorite, près de L’Aigle, dans l’Orne, vienne lui donner raison
 

Pendant longtemps, les météorites furent considérées comme des pierres magiques. Elles faisaient l’objet d’un culte, en particulier en Orient. En 219, Héliogabale, jeune prêtre du Soleil de la ville d’Emèse (aujourd’hui Homs), apporta même une météorite de la Syrie jusqu’à Rome après son élection à la dignité d’empereur des Romains.

Jusqu’à la Renaissance, on attribua aux chutes de météorites un pouvoir oraculaire, comme dans le cas de la météorite d’Ensisheim, dont la chute décida Maximilien de Habsbourg à entrer en guerre contre les Français en 1492. Au XVIIIe siècle, il n’était pas rare que les savants, qui peinaient à identifier l’origine extraterrestre des pierres qu’on leur apportait, raillassent les paysans qui disaient avoir assisté à une chute de météorites.

Chute de la météorite d'Ensisheim le 7 novembre 1492
Chute de la météorite d’Ensisheim le 7 novembre 1492

La première analyse chimique d’une météorite fut effectuée par Antoine Lavoisier et deux autres chimistes en 1769. Utilisant des techniques d’analyse rudimentaires, ils conclurent qu’il s’agissait d’un grès frappé par la foudre. Il fallut attendre 1794 pour qu’un savant allemand, Ernst Florens Friedrich Chladni, défendît l’origine extraterrestre de ces pierres qu’on disait « de tonnerre » ou « de foudre ». Son petit livre de soixante-trois pages publié simultanément à Leipzig et Riga rencontra un accueil contrasté.

En 1802, le jeune chimiste anglais Edward C. Howard détecta du nickel — élément très rare sur Terre — dans quatre météorites et se rallia à l’hypothèse de Chladni. Il fallut cependant attendre la chute de milliers de pierres à L’Aigle, survenue en Basse-Normandie le 26 avril 1803, pour que l’ensemble de la communauté scientifique se convainquît de l’origine extraterrestre des pierres tombées du ciel. Ce changement d’attitude fit suite à la publication d’un rapport rédigé par Jean-Baptiste Biot intitulé Relation d’un voyage fait dans le département de l’Orne pour constater la réalité d’un météore observé à L’Aigle le 6 floréal an XI.

Dans ce rapport, Biot établit la réalité de la chute, démontra que les pierres tombées du ciel n’avaient rien à voir avec l’orage ou les volcans et légitima les témoignages des observateurs — au nombre desquels se trouvent « des hommes faites, des femmes, des enfants, des vieillards ; ce sont des paysans simples et grossiers, qui demeurent à une grande distance les uns des autres ; des laboureurs plein de sens et de raison ; des ecclésiastiques respectables, des jeunes gens qui, ayant été militaires, sont à l’abri des illusions de la peur » — en arguant que « toutes ces personnes, de professions, de mœurs, d’opinions si différentes, n’ayant que peu ou point de relations entre elles, sont tout à coup d’accord pour attester un même fait (la chute de pierres), au même jour, à la même heure, au même instant.

« (...) On n’a jamais vu, avant l’explosion du 6 floréal, de pierres météoritiques entre les mains des habitants du pays. Les collections minéralogiques, faites pour recueillir les produits du département, ne renferment rien de semblable.

« (...) Les fonderies, les usines, les mines des environs n’ont rien dans leurs produits ni dans leurs scories qui ait ave ces substances le moindre rapport. On ne voit dans le pays aucune trace de volcan.

« Tout à coup, et précisément à l’époque du météore, on trouve ces pierres sur le sol et dans les mains des habitants du pays, qui les connaissent mieux qu’aucune autre (...). Ces pierres ne se rencontrent que dans une étendue déterminée, sur des terrains étrangers aux substances qu’elles renferment, dans des lieux où il serait impossible qu’en raison de leur volume elles aient échappé aux regards. »

Le texte de Biot, qui se présente comme une véritable investigation scientifico-policière, établit notamment la présence de fragments sur une ellipse de 10 km de long sur 3 de large, et fera la relation entre le grand axe de l’ellipse et l’orientation de la trajectoire de chute.

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