LA FRANCE PITTORESQUE
27 mars 1848 : mort du zoologiste
Gabriel Bibron
(D’après « Le Muséum d’histoire naturelle : histoire de la fondation
et des développements successifs de l’établissement,
biographie des hommes célèbres » paru en 1854 et « Revue et magasin
de la zoologie pure et appliquée » paru en 1849)
Publié le mercredi 27 mars 2019, par LA RÉDACTION
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Voyageur naturaliste, professeur dans l’une des écoles primaires supérieures de Paris, assistant du célèbre Duméril, Gabriel Bibron, fils d’un simple concierge au jardin des Plantes, ne dut sa position scientifique qu’à lui-même et à son ardeur d’apprendre soutenue
 

Né le 20 octobre 1805 à Paris, Gabriel Bibron était fils d’un des plus anciens employés du Muséum d’histoire naturelle. Sa famille, à défaut de fortune, lui donna une éducation libérale, dont il profita dans les voyages successifs qu’il fit en Italie, en Angleterre et en Hollande. Il s’exprimait avec facilité en plusieurs langues, et puisait dans les ouvrages qu’il pouvait traduire une solide instruction.

Dès l’âge de dix-huit ans, étant attaché déjà comme élève aux laboratoires de la zoologie, les professeurs du Muséum, témoins de son ardeur et de sa capacité l’autorisèrent à faire un voyage en Italie, où il resta près de quinze mois pendant lesquels il se livra avec tant de zèle à la recherche et à l’observation, qu’il y recueillit un très grand nombre d’oiseaux, de poissons et d’autres animaux qui prirent place dans les galeries du Muséum, dont ils firent l’ornement par leur belle conservation, et surtout par des notes intéressantes sur les mœurs et les habitudes des espèces qu’il put observer.

Gabriel Bibron. Gravure publiée dans Le Muséum d'histoire naturelle : histoire de la fondation et des développements successifs de l'établissement, biographie des hommes célèbres
Gabriel Bibron. Gravure publiée dans Le Muséum d’histoire naturelle : histoire de la fondation et
des développements successifs de l’établissement, biographie des hommes célèbres
(1854)

Le résultat de cette précieuse excursion fut si utile à l’établissement, qu’il détermina les professeurs à solliciter, quelques années après, une autorisation du gouvernement pour faire retourner Bibron, comme voyageur naturaliste, dans les mêmes contrées, au lieu de le faire adjoindre, comme on le demandait, à l’expédition de Morée, qui se préparait alors ; et ce second voyage en Sicile ne fut pas moins utile aux progrès de la zoologie, comme le prouvent les registres de la science et les nombreux documents qui s’y trouvent inscrits sous son nom.

En 1832, Bibron fut adjoint au professeur Constant Duméril comme aide naturaliste pour la chaire de l’histoire naturelle des reptiles et des poissons. Dès l’année suivante, l’illustre et vénérable professeur se plaisait à déclarer, dans la préface de son Erpétologie générale ou Histoire naturelle complète des reptiles, grand ouvrage sur l’histoire naturelle des reptiles, qu’ayant besoin d’être aidé dans les recherches immenses et consciencieuses que ce travail exigeait pour la détermination et le classement de toutes les espèces, il avait choisi Bibron pour son collaborateur.

Le talent de Bibron pour l’observation, son zèle, sa patience et son érudition étaient tellement appréciés des naturalistes ses contemporains, que les membres de la section d’anatomie de zoologie de l’Institut de France placèrent son nom sur la liste des savants qu’ils proposaient à l’Académie des sciences pour remplir une place vacante dans son sein peu de temps avant sa mort. Les mêmes sentiments avaient appelé Bibron en 1840 au sein de la société philomathique, et l’avaient affilié à plusieurs Académies nationales et étrangères.

Le gouvernement, s’associant à ces témoignages de confiance, l’avait nommé chevalier de la Légion d’honneur, et l’avait appelé à une chaire d’histoire naturelle, dans laquelle il professait, avec un grand succès, dans l’une des plus anciennes écoles primaires supérieurs de Paris, le collège municipal Turgot.

Indépendamment de sa collaboration à l’Erpétologie générale, Bibron aida de ses savantes observations plusieurs recueils scientifiques ; et parmi les différentes relations de voyage auxquelles il prêta son habile concours, nulle n’est plus digne d’éloges que l’histoire de Cuba, où il acheva si dignement l’œuvre de son ami Cocteau, frappé comme lui au milieu de sa trop courte carrière.

Buste de Gabriel Bibron exposé dans la Grande Galerie de l'Évolution, au sein du Muséum d'histoire naturelle de Paris
Buste de Gabriel Bibron exposé dans la Grande Galerie de l’Évolution, au sein du
Muséum d’histoire naturelle de Paris. © MNHN - Bruno Jay

Abandonnant ses fonctions en 1845, Bibron mourut de la tuberculose à l’âge de 42 ans le 27 mars 1848, aux eaux de Saint-Alban (Loire), loin des amis nombreux que sa loyauté et son excellent caractère lui avaient acquis et conservés. Heureusement, il avait été encouragé durant ses souffrances, et soutenu constamment dans sa fermeté, par la sollicitude éclairée, par les soins affectueux d’une épouse adorée et toute dévouée — Jeanne Belloc, sœur du peintre Jean-Hilaire Belloc, avec laquelle il s’était marié en 1842 —, qui faisait le bonheur réel et la consolation d’une existence douloureuse dont il avait prévu l’inévitable et trop rapide terminaison.

Ses dépouilles mortelles furent rapportées à Paris, et le professeur Duméril, dans une allocution simple et touchante, rappela tous les titres de Bibron à l’estime des savants, et tous les regrets qu’avait excités la mort si malheureuse de celui qu’il s’honorait d’appeler son collaborateur et son ami.

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