LA FRANCE PITTORESQUE
Krak des Chevaliers, en Syrie :
forteresse des Croisés
bravant les siècles
(D’après « Le Monde illustré », paru en 1934)
Publié le samedi 4 août 2018, par LA RÉDACTION
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Monument le plus représentatif, tant en France qu’en Orient, de l’art militaire français du XIIe et du XIIIe siècle, le Krak des Chevaliers, situé au coeur d’un réseau défensif des frontières des anciens États latins d’Orient, fut érigé à la fin du XIe siècle par les Turcs sur le site d’une petite forteresse avant d’être investi par les Croisés puis confié aux Hospitaliers deux siècles durant, le temps de résister à nombre d’attaques et d’être par eux reconstruit suite à un tremblement de terre
 

C’est dans un site merveilleux cher à Barrès, chanté dans son Jardin sur l’Oronte (1922), que s’élève ce château fort, dressant fièrement vers le ciel d’Orient la puissance et la foi des preux chevaliers de France : Lattaquié (en Syrie), qui fut la Ramitha des Phéniciens, la Leuke-Akté des Grecs sous l’empire séleucide, la Laodicea ad mare des Romains, parvint à l’apogée de sa splendeur sous les Sévères et les Philippes, sous Zénobie la Palmyrienne.

Le Krak des Chevaliers
Le Krak des Chevaliers

De ces temps, subsistent, témoins émouvants, des colonnades à chapiteaux corinthiens et le merveilleux Tetrapyle. Et une ceinture de jardins est demeurée où des fouilles permirent de retrouver un pavement de mosaïques multicolores représentant les Travaux d’Hercule. Sur la route allant vers Antioche, vers la droite le tell Deirel-Farous laisse émerger, comme d’ardentes oraisons lapidaires, les ruines d’un couvent célèbre aux temps des Croisés.

Telle est la cité de Lattaquié, qui abrite le Krak des Chevaliers. Krak ou Crac est dérivé d’un mot syriaque signifiant « forteresse ». Sur l’emplacement de ce château fort se trouvait un château arabe, que le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, prit d’assaut et occupa au cours de la première Croisade, en 1099. Dès 1110, Tancrède s’empara définitivement de cette importante situation stratégique et les Croisés construisirent sur l’escarpement de 650 mètres d’altitude, qui dominait la trouée de Homs, et faisait communiquer la Vallée de l’Oronte avec la mer, le krak, formant aujourd’hui le bourg de Qal’at al-Hosn.

La forteresse, confiée en 1142 à l’ordre des Chevaliers de l’Hôpital, qui y entretenaient une garnison de 2000 hommes, devint la principale défense de l’Orient contre les Musulmans. Plusieurs fois attaqué en vain par les armées de Nur ad-Din (1117-1174) — Émir de Damas et d’Alep — et de Saladin (1138-1193) — sultan d’Égypte et de Syrie —, le krak servit souvent de lieu de concentration aux troupes du Roi de Jérusalem. En avril 1271 la place fut enlevée par Baybars, sultan des Mamelouks, au terme d’un long siège. Après la capitulation, les habitants furent transportés à Tripoli et l’église convertie en mosquée musulmane.

Cour intérieure du Krak des Chevaliers
Cour intérieure du Krak des Chevaliers

Au début, le château ne possédait qu’une enceinte avec des tours carrées. Au XIIIe siècle, les Hospitaliers construisirent les grandes tours rondes de l’Ouest et du Sud reposant sur des talus hauts de vingt mètres et en enfermèrent l’ouvrage primitif dans une enceinte extérieure. Le donjon, dont l’épaisseur est de 6m50, domine le grand Bassin au milieu du front sud.

Sur le front oriental existe une chapelle romane de style provençal, qui semble avoir été construite par les maîtres d’œuvres de la cathédrale de Tortose, ainsi qu’en attestent l’appareil à bossages de faible saillie et le parement à joints vifs. En 1928, en déblayant l’étage inférieur de la forteresse, les archéologues réussirent à dégager, derrière les talus, une salle de 120 mètres de long qui était comblée jusqu’aux voûtes : on y retrouva un grand four à pains et un puits, un grand bassin, sept citernes alimentant en eau la forteresse ; au sommet d’une des tours se trouvait un moulin à vent.

Tel est le Krak, dont la masse imposante atteste de la violence de la lutte lors des croisades. Que de souvenirs flottent autour de ce donjon farouche, autour de ces fortifications, de ces chemins de ronde, de ce sanctuaire et de cette forteresse. Les gouverneurs successifs semblent, invisibles, lui faire encore une garde d’honneur, tous venus de la douce France : Pierre de Mirmande, Geoffroy le Rat, Raymond de Pignans, Arnaut de Montbrun, Hugues Revel. Aymar de la Roche, Nicolas Lorne et d’autres encore.

Le Krak des Chevaliers
Le Krak des Chevaliers

Et lorsque l’on visite la petite chapelle une exquise enluminure aux ors alanguis. aux tons vifs et chauds semble éclairer les ombres du saint lieu : et l’on revoit le sire de Joinville venant chercher là, près de l’autel, l’écu de son oncle Geoffroy V, l’un des héros de la troisième et de la quatrième croisades vers 1204 à l’abri des murailles imposantes du Krak, promontoire inviolable de la chrétienté.

Le monument a été inscrit en 2006 au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le 31 juillet 2016, et pour la première fois depuis 1271, la messe a été célébrée au sein de la chapelle de la citadelle croisée.

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