LA FRANCE PITTORESQUE
Molière se jouant d’un Tartuffe
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Publié le vendredi 20 novembre 2020, par LA RÉDACTION
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On prête à Molière, sans certitude parfois, plusieurs bons mots, et entre autres celui qui lui aurait échappé lorsque le parlement de Paris défendit qu’on jouât Le Tartuffe, pièce représentée pour la première fois le 5 février 1669 sur la scène du Palais-Royal.

On était assemblé pour la seconde représentation, lorsque la défense arriva. Le dramaturge s’en serait vengé par une équivoque, annonçant ainsi cette nouvelle au public : « Messieurs, nous crûmes avoir l’honneur de vous donner Le Tartuffe, mais M. le premier président ne veut pas qu’on le joue. »

Le mot le, ici, est nécessairement relatif à Tartuffe, le mais précédent et la liaison naturelle des idées ne souffrant aucunement qu’on en fasse le rapport au premier président. Molière était donc inattaquable, quoiqu’il pût songer que le public se méprendrait et rendrait justice au « tartuffe » qui défendait de jouer sa pièce.

Molière
Molière

Le parlement n’est pas le premier président, et l’interdiction relevait plus sûrement d’une mesure provisoire de haute police, et non point une censure formelle et motivée de l’ouvrage. En effet, le premier président du parlement de Paris, à cette époque, était Guillaume de Lamoignon, dont on ne peut croire qu’il désapprouvait en connaissance de cause la pièce, puisque c’est le même magistrat qui donnera en 1674 à Boileau le sujet de son Lutrin et prendra sous sa protection un poème où se trouvent ces deux vers :

Tant de fiel entre-t-il dans l’âme des dévots !
Abîme tout plutôt : c’est l’esprit de l’église.

Une autre fois, Molière étant avec sa troupe dans une petite ville, chef-lieu d’un évêché, un nouveau prélat qui devait arriver lui enjoignit de partir. L’illustre auteur obéit, mais annonça comme à l’ordinaire le spectacle du lendemain : « Messieurs, dit-il, vous aurez demain le Tartuffe. »

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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