LA FRANCE PITTORESQUE
Estaminet
(D’après « Le Home », paru en 1907)
Publié le vendredi 31 juillet 2020, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article

L’estaminet : quelle place il occupe dans notre existence nationale ! On dit aujourd’hui : café, taverne, brasserie, bar, mais qu’importe, sur la pancarte de bois, sur la façade peinte à la chaux jaune ou blanche s’étale encore parfois le vieux mot et l’estaminet vit toujours. Peu de gens connaissent l’origine de ce mot.

Quelques-uns prétendent que stameny et par conséquent stamenet (stamenee en flamand) vient de stam qui, pris au figuré, signifie famille. C’était parmi les anciennes grandes familles de Flandre un usage antique de se réunir alternativement chez l’une d’entre elles, après les travaux ou les affaires de la journée, pour boire ou manger ; c’est ce qu’on appelait être en famille, « in stam ».

Or, d’après les anciennes chroniques, il arriva souvent que les hommes ainsi rassemblés vidaient plus de pots de cervoise qu’il ne fallait, au point que leur raison en était altérée. De là, le mécontentement des ménagères ; les maris ne voulurent plus subir les observations et prirent la résolution de se réunir dans un endroit où ils pussent être à l’abri de la surveillance conjugale.

L'estaminet normand
L’estaminet normand

Cette réunion garda la dénomination de stam. Puis, ils admirent au milieu d’eux des amis, des personnes étrangères. Et, comme ceux qui les recevaient gagnèrent de l’argent, d’autres les imitèrent et fondèrent des établissements semblables. sous la même dénomination. Peu à peu on y prit goût et les estaminets se multiplièrent.

D’autres chroniqueurs font venir le mot estaminet de stamelen, qui veut dire balbutier, avoir la langue épaisse, chanceler, état dans lequel se trouvent ordinairement les amateurs d’estaminet, après de trop copieuses libations.

Quoiqu’il en soit, on ne peut nier que c’est surtout pour la commodité des voyageurs qu’ont été établis ces lieux de rafraîchissement et de restauration. En Flandre, pour arrêter les passants et les engager à entrer, on leur disait, ou plutôt on pouvait lire sur les écriteaux : « Sta Menheer » (Arrêtez-vous, Monsieur). Finalement cette phrase, réclame bon marché de la maison, passa de bouche en bouche, et fut adoptée comme enseigne, tant parce qu’elle était devenue sacramentelle que par son laconisme significatif. De là quand on voulait se réunir pour boire de la bière, pour traiter des affaires entre les pots de bière on disait : « Allons au sta, Menheer » et, peu après, par corruption : « allons à l’estaminet ».

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE