LA FRANCE PITTORESQUE
Eau-de-vie (Au fil de l’)
(D’après « Journal pour tous », paru en 1864)
Publié le mercredi 1er juin 2016, par LA RÉDACTION
Imprimer cet article

On attribue ordinairement la découverte de l’eau ardente ou esprit-de-vin, plus tard appelé alcool, à Arnaud de Villeneuve, médecin qui vivait à la fin du XIIIe siècle. Il est en effet le premier qui ait parlé clairement de l’eau-de-vie.

Dans son Traité sur la conservation de la jeunesse, il s’exprime ainsi : « Qui croirait que du vin l’on peut tirer une liqueur qui demande des procédés tout différents et qui n’a ni sa couleur, ni sa nature, ni ses effets ! Cette eau est l’eau de vin, quelques-uns l’appellent eau-de-vie, et ce nom lui convient, puisqu’elle fait vivre plus longtemps. Déjà on commence à connaître ses vertus ; elle prolonge la santé, dissipe les humeurs superflues, ranime le cœur et conserve la jeunesse, etc. »

Arnaud de Villeneuve (1240-1311)
Arnaud de Villeneuve (1240-1311)

Cette liqueur, considérée comme remède, fut longtemps vendue exclusivement par les apothicaires ; mais lorsqu’en 1514 Louis XII eut réuni en corporation les vinaigriers, il leur accorda le monopole de la distillation de l’eau-de-vie et de l’esprit de vin. Dans la suite, les distillateurs furent séparés des vinaigriers et formèrent une corporation spéciale.

Ce fut vers le milieu du XVIe siècle qu’eut lieu ce changement : on doit en conclure que l’usage de l’eau-de-vie devenait plus commun. Les médecins de l’époque en faisaient toujours le plus grand éloge.

Au siècle suivant, on voit s’introduire à Paris un usage qui est devenu funeste, c’est celui de vendre en détail de l’eau-de-vie. On nomma placiers ces marchands en détail qui s’établissaient aux principaux carrefours et places publiques. Un arrêt du parlement du 20 janvier 1678 leur permit d’étaler dans les rues des tables et escabeaux et d’y vendre de l’eau-de-vie et des fruits confits à l’eau-de-vie. Les limonadiers réclamèrent, et un autre arrêt, rendu le 1er juillet 1678, défendit aux « pauvres vendeurs d’eau-de-vie », suivant les termes mêmes du parlement, de mêler du sucre ou autres liqueurs dans les noix et cerises confites qu’ils vendaient.

Marchand d'eau-de-vie. Estampe du XVIIe siècle
Marchand d’eau-de-vie. Estampe du XVIIe siècle

Dès la fin du XVIIe siècle, les eaux-de-vie de Nantes, de Cognac, d’Orléans et de La Rochelle étaient très estimées. Depuis cette époque, la réputation des eaux-de-vie françaises, et principalement de celles de La Rochelle, Cognac, Bordeaux, Bayonne, Cette, ne fit que s’accroître, devenant une branche importante de commerce.

Copyright © LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

Imprimer cet article

LA FRANCE PITTORESQUE