LA FRANCE PITTORESQUE
Chat (Le) de Théophile Gautier
et le « poulet vert »
(D’après « L’Almanach de France et du Musée des familles », paru en 1875)
Publié le mercredi 20 juin 2018, par LA RÉDACTION
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Le célèbre poète (1811-1872) tenait les chats dans une grande estime et une amitié profonde. Il disait que les chats sont des tigres bourgeois amis de l’homme ; ils ne flattent personne, ils veulent être aimés pour eux-mêmes.
 

Le premier chat qu’il adopta fut une chatte baptisée madame Théophile. Elle était rousse, à poitrail blanc, le nez rose et les prunelles bleues. Ils vivaient ensemble, elle et lui, dans une intimité tout à fait conjugale. Elle suivait le maître au jardin ; elle dormait sur le bras de son fauteuil. A dîner, elle prenait souvent, et de sa patte délicate, le morceau que Théophile portait à sa bouche.

Elle était fort ignorante et très circonspecte. Un jour elle entrevit un perroquet parfaitement immobile sur son bâton. « Il faut, se dit-elle, que ce soit un poulet vert. » Le lendemain, l’idée poulet étant revenue, elle voulut savoir le goût d’un poulet vert, et s’approchant, la tête basse et le ventre à terre, elle allait dévorer sa proie.

Le perroquet comprit l’embûche, et, d’une voix sourde, assez semblable à celle de Joseph Prudhomme — personnage caricatural du bourgeois français du XIXe siècle, apparu en 1830 dans les Scènes populaires d’Henry Monnier —, il prononça très distinctement : « As-tu déjeuné, Jacquot ? »

La foudre, en ce moment, fût tombée aux pattes de madame Théophile, elle n’eût pas causé une plus grande épouvante. Or, l’instant d’après, comme elle cherchait à se remettre : « Et de quoi ? Du rôti du roi », continua le perroquet. La physionomie effarée de madame Théophile exprima clairement : « Ce n’est pas un perroquet vert, c’est un homme. » Et voilà comment le perroquet fut sauvé. Il devint désormais pour madame Théophile un sujet d’admiration et de respect.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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