LA FRANCE PITTORESQUE
Le casque des Poilus
avait quelques casseroles
(Source : Ouest France)
Publié le mercredi 14 octobre 2015, par LA RÉDACTION
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Le casque Adrian a coiffé les Poilus à partir de l’automne 1915. Il a été conçu pour limiter les blessures à la tête alors que s’enlisait la Première guerre mondiale. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il a été pensé dans une usine qui concevait des casseroles, dans le nord de la Franche-Comté.
 

« Dans le pays, on l’appelait la casserie », raconte Robert Laurent, 90 ans, ancien ouvrier des usines Japy de Beaucourt, dans le Territoire de Belfort. Cette fameuse « casserie », sise à Fesches-le-Châtel, à quelques kilomètres de Beaucourt, fabriquait des « casses ». Autrement dit, des casseroles. C’était l’une des treize usines de l’empire Japy, installé « dans le creuset protestant du pays de Montbéliard », écrit Jean-Claude Barbeaux, dans son ouvrage « La Franche-Comté pendant la Grande Guerre ».

Cette usine participe, comme beaucoup d’autres, à l’effort de guerre. Une guerre qui devient industrielle. On y fabrique la gamelle du soldat, son quart, et aussi des bouthéons. « Japy faisait les grosses marmites des cuisines roulantes », complète Frédéric Monnin, directeur-adjoint du musée Japy, installé depuis 30 ans à Beaucourt. Mais cette usine spécialisée dans la casserole reste dans l’histoire pour avoir été le lieu de conception du fameux casque Adrian, qui coiffe les Poilus dans les tranchées à partir de l’automne 1915.

Une cervelière inefficace
En août 1914, l’armée française n’est pas équipée pour la guerre qui se profile : le pantalon rouge, le képi et la casquette sont encore de rigueur. Dans cette guerre de position, les plaies à la tête se multiplient, elles représentent plus des deux tiers des blessures. On tente d’y remédier en distribuant une cervelière, cette plaque d’acier que l’on glisse sous son couvre-chef. Sans autre résultat que l’inconfort. « Il devenait nécessaire de trouver une vraie protection », raconte Robert Laurent.

Contrôle militaire à la fin de la production des casques Adrian
Contrôle militaire à la fin de la production des casques Adrian

Alors que le projet de l’État-major patine, l’intendant militaire Louis-Auguste Adrian se rend chez un de ses fournisseurs, Japy à Beaucourt, et dessine une protection avec le chef d’atelier de la casserie, Louis Kuhn. Le modèle est présenté au maréchal Joffre au printemps 1915, qui l’accepte même s’il le juge moins bien que son projet. Mais « le casque conçu chez Japy a l’immense avantage d’être immédiatement produit », précise Jean-Claude Barbeaux. À l’usine, c’est le branle-bas. La production est lancée dans l’usine de Fesches-le-Châtel, mais également dans cinq usines de la région parisienne, qui n’appartiennent pas forcément à l’empire Japy. Les premiers casques sont distribués à l’automne 1915.

Les femmes et les enfants
Les usines tournent déjà à marche forcée et en batterie pour fabriquer des obus, des boutons d’uniforme, des compteurs de vitesse pour l’aviation et les automobiles de l’armée. Mais la mobilisation a vidé les usines de ses hommes, montés au front ; les femmes et les enfants de plus de 12 ans ont pris leur place mais c’est insuffisant. Des soldats sont donc rappelés « comme des affectés spéciaux », précise Robert Laurent. Cette production nécessite une vingtaine d’opérations, dont celle d’emboutissage des casques, qui reprend le même procédé que la fabrication de la casserole.

Le casque Adrian, conçu en acier de 7/10e de mm d’épaisseur, se compose d’une calotte, d’une visière et d’un couvre-nuque, d’un cimier qui recouvre un système d’aération sur le dessus du crâne et d’un insigne d’arme sur le front. « Ce casque est parfaitement accepté par les militaires », précise finalement le musée. Ils louent sa légèreté (750 grammes). Et son efficacité. Avec cet équipement, les blessures à la tête vont fortement diminuer dans les rangs.

Les casques deviennent des passoires
20 millions de casques sont fabriqués de 1915 à 1918, dont 3,5 à l’usine Japy de Fesches-le-Châtel. Ils vont aussi coiffer la tête de soldats italiens, roumains et russes. Quand la guerre prend fin, des casques restent sur les bras de l’entreprise. « En famille protestante et économe, les Japy décident de les transformer en passoire à salade, après avoir enlevé le cimier et l’emblème », raconte Robert Laurent, dont le père a travaillé comme électricien à la casserie. « Les Allemands ont fait la même chose avec leur casque à pointe », glisse, sourire aux lèvres, Frédéric Monnin. C’est pourquoi tous les enfants du monde se coiffent d’une passoire ou d’une casserole pour jouer au petit soldat ?

Site Internet du musée Japy : Cliquez ici

Thibault Quartier
Ouest France

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