LA FRANCE PITTORESQUE
Taille (La) de Roland de Roncevaux,
neveu de Charlemagne
(D’après « La Tradition », paru en 1893)
Publié le mercredi 5 décembre 2018, par LA RÉDACTION
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Après le traité de Madrid, en 1526, le roi François Ier revenant d’Espagne passa par Blaye où, comme chacun sait, l’on montrait le tombeau du fameux paladin Roland. Curieux de toutes choses, le roi de France profita de l’occasion pour vérifier la tradition qui donnait encore de son temps une taille gigantesque au neveu de Charlemagne.
 

Le roi fit donc ouvrir le tombeau et regarda. L’anecdote fut rapportée en ces termes de la bouche même d’un témoin oculaire, Hubert Thomas Leodius, secrétaire de l’électeur palatin Frédéric II : « Les chroniques françaises nous content que Charlemagne et ses douze pairs étaient des géants. Afin d’en savoir la vérité, et d’ailleurs grand amateur de ces antiquailles, le roi François Ier, lorsqu’il passa par Blaye, à son retour de sa captivité d’Espagne, descendit dans le souterrain où Roland, Olivier et Saint-Romain sont ensevelis, dans des sépulcres de marbre, de dimensions ordinaires.

« Le roi fit rompre un morceau du marbre qui recouvrait Roland, et tout de suite, après avoir plongé un regard dans l’intérieur, il fit raccommoder le marbre avec de la chaux et du ciment, sans un mot de démenti contre l’opinion reçue. Apparemment il ne voulait point paraître avoir perdu ses peines.

Roland à la bataille de Roncevaux
Roland à la bataille de Roncevaux

« Quelques jours après, le prince palatin Frédéric, qui allait rejoindre Charles-Quint en Espagne, ayant, en passant, salué François Ier à Cognac, vint à son tour loger à Blaye, et voulut voir aussi ces tombeaux. J’y étais, avec l’illustre médecin du prince, le docteur Lange ; et comme nous étions l’un et l’autre à la piste de toutes les curiosités, nous questionnâmes le religieux qui avait tout montré au prince ; si les os de Roland étaient encore clans le sépulcre et s’ils étaient aussi grands qu’on le disait.

« Assurément, nous répondit-il, la renommée n’avait pas menti d’une syllabe, et il ne fallait pas s’arrêter aux dimensions du tombeau ; c’est que depuis que ces reliques avaient été apportées du champ de bataille de Roncevaux, les muscles avaient eu le temps de se consumer, et le squelette ne tenait plus ; mais les os avaient été déposés liés en fagot, à telles enseignes qu’il avait fallu creuser le marbre pour pouvoir loger les tibias qui étaient entiers. Nous admirâmes beaucoup la taille de Roland, dont, supposé que le moine dit vrai, les tibias, calculés sur la longueur du marbre, avaient trois pieds de long pour le moins.

« Pendant que nous raisonnions là-dessus, le prince emmena le moine d’un autre côté et nous restâmes tout seuls. Le mortier n’était pas encore pris : si nous ôtions le morceau de marbre ? Aussitôt nous voilà à l’ouvrage. La pierre céda sans difficulté, et tout l’intérieur du tombeau nous fut découvert...

« Il n’y avait absolument rien qu’un tas d’osselets à peu près gros, deux fois comme le poing, lequel étant remué, nous offrit à peine un os de la longueur de mon doigt. Nous rajustâmes le marbre, en riant de bon cœur de la duperie de ce moine, ou de son impudence à mentir ! »

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