LA FRANCE PITTORESQUE
Toiles de Mayenne :
une histoire de famille
(Source : Ouest France)
Publié le jeudi 6 août 2015, par LA RÉDACTION
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Mayenne, pays de tisserands. Fabriquées à Fontaine-Daniel, les Toiles existent depuis 1806. Les ateliers où elles sont réalisées, acquis par deux Parisiens, passent par alliance sous la coupe de la famille Denis.
 

Mayenne et ses environs fleurissent grâce aux toiles et aux filatures. Au début du XIXe siècle, la main-d’œuvre mayennaise est bon marché. Une ancienne abbaye, près d’une rivière avec de grands espaces, est à vendre. Jean-Pierre Horem et Sophie Lewille, deux Parisiens, décident de s’y installer et d’ouvrir une filature.

Leur société est dédiée à « l’exploitation d’une filature de coton à la mécanique, d’une fabrique de tissus en ces mêmes cotons, en calicots, percales, basins, piqués et autres tissus de cette matière, et d’un atelier de blanchissage des produits de la manufacture ». Les filatures de coton sont, à cette époque, rares dans la région.

Dès son installation, l’entreprise innove et le tissage devient plus mécanique. Si Jean-Pierre Horem gère de Paris toute la partie commerciale de l’affaire, c’est Sophie Lewille, veuve, qui dirige l’entreprise de Fontaine-Daniel. En 1809, le nombre de métiers à tisser s’élève à 325. Malgré la crise du coton, la manufacture mayennaise résiste. En 1813, 40 ouvriers travaillent à la filature et 430 au tissage. En 1814, l’association des deux entrepreneurs est rompue à l’amiable.

Les premières difficultés économiques
Entre-temps, Jean-Pierre Horem épouse Louise Sensitive Armfield, issue d’une famille anglaise impliquée dans la filature de laine. Elle devient patronne d’une importante affaire en laine, à Vire (Calvados). Progressivement, la jeune mariée s’investit dans le coton, plus lucratif que la laine.

Louise Sensitive Armfield et Gustave Denis, directeur de l'usine dès 1862, président du conseil général entre 1883 et 1925, sénateur et maire de Saint-Georges-Buttavent. En bas à gauche, les ouvriers à la manufacture de Fontaine-Daniel, en 1888.
Louise Sensitive Armfield et Gustave Denis, directeur de l’usine dès 1862,
président du conseil général entre 1883 et 1925, sénateur et maire de Saint-Georges-Buttavent.
En bas à gauche, les ouvriers à la manufacture de Fontaine-Daniel, en 1888.

La production va bon train et celle de Fontaine-Daniel prend le dessus. Les ouvriers y sont les mieux payés du département en 1818. Les autres filatures commencent à fermer et le village, à naître autour de sa propre filature. Les maisons humbles des ouvriers sont rattachées à cette dernière. C’est le début du patronage industriel. Jean-Pierre Horem meurt en 1828 et lègue l’ensemble de ses biens à son épouse.

L’année 1830 marque l’entrée dans une nouvelle ère : Fontaine-Daniel rencontre ses premières difficultés économiques. La concurrence se mêle aux troubles politiques. Les prix baissent. La manufacture souffre mais la patronne résiste. Elle se remarie, mais son nouvel époux décède deux ans plus tard. Au même moment, sa nièce, Élisabeth Armfield, épouse Martin Denis, marchand de vins. Il travaille avec son frère, Louis Charlemagne Denis.

Une école laïque est créée
Les frères Denis s’installent en 1832 à Fontaine-Daniel. Sans perdre le contrôle de la manufacture, la veuve Horem emploie la famille Denis au titre de directeur gérant et directeur de l’établissement industriel. C’est à cette époque que la première machine à vapeur est installée. L’usine commence à fonctionner nuit et jour. De même qu’une école laïque est créée pour les garçons, comme pour les filles. Aux débuts des années 1840, Louise Sensitive et Martin deviennent associés. La filature de Fontaine-Daniel est la plus importante du département et travaille pour les usines de Mayenne . Martin Denis, lui, devient maire. C’est le début de l’engagement politique pour la famille Denis.

En 1843, les premiers bâtiments pour loger les ouvriers sont construits par Martin Denis et la veuve Horem. Les ouvriers sont logés dans des bâtiments collectifs. S’ils disposent d’une salle ou deux privées, ils partagent aussi des salles communes. Les constructions vont se poursuivent jusqu’au milieu des années 50.

Sensitive décide, en 1855, de se séparer de Louis Charlemagne Denis alors que Martin Denis est en disgrâce. La tante reprend en mains les affaires de Fontaine-Daniel. Martin Denis meurt en 1858 laissant un héritier : Gustave. Subissant la guerre de Sécession, la perte du coton et une brève grève à Fontaine-Daniel, la veuve Horem passe la main à Gustave Denis.

Sophie Delafontaine
Ouest France

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